mercredi, 14 septembre 2005
Coming out de Noel
« Ne fais pas l’enfant, sors de la voiture ! » Je la plains, ça ne doit pas être facile tous les jours pour elle d’avoir une relation avec quelqu’un comme moi. « Isabelle, s’il te plaît, allez, ce n’est pas la mort ! » Seulement il y a certaines petites choses qu’elle n’est peut-être pas prête à vivre et moi non plus. Cette situation fait partie de cette catégorie. « Isabelle ! » Je lui jette un regard suppliant. Je tente mais je sais qu’elle refusera : « Tu sais, nous ne sommes pas obligées d’y aller… » « Isabelle c’est ta famille ! » Je baisse les yeux vers la boite à gant. « Justement… » Elle pousse un soupire et s’accroupie à côté de la portière. Elle me prend la main et tente de me rassurer. « Ecoute, ils doivent déjà nous voir depuis dix bonnes minutes par la fenêtre, il faut vraiment que nous y allions. Tout se passera bien ne t’inquiètes pas… C’est juste un mauvais moment à passer, il faut bien que tu le fasses un jour. » Elle a raison, bien sur qu’elle a raison, mais ça n’empêche rien. Il faut être fou pour faire ça… Pourquoi j’ai fait cette stupide promesse de leur révéler tout pour Noël ? Je ne pouvais pas choisir un pire moment je crois… J’emmerde le catholicisme et j’emmerde les autres religions qui ont poussé le peuple à rendre plus dur le simple fait de dire « J’aime les filles ! » Je regarde de nouveau Lucile. « Je n’ai toujours pas décidé à quel moment je vais leur dire. Ça me fait paniquer… » « Je sais bien, mais le plus tôt sera le mieux, parce qu’ils se poseront des questions en voyant que tu ramènes une fille au lieu du fiancé que tu avais annoncé… » « Il faut que je leur dise tout de suite en arrivant ? » « Fais le dès que tu auras le courage de le faire… Mais fais le… » Je prends une grande inspiration et sors de la voiture. En claquant la portière je manque de peu de glisser sur une plaquer de verglas. La soirée commence bien on dirait ! Alex tente de me prendre la main mais je lui fais comprendre d’un regard noir que ce n’est pas le moment. Je ne lui en veux pas, elle essaie de m’aider à sa manière et tout à l’heure quand j’annoncerai à tout le monde que je suis en couple depuis trois ans avec elle, tout comme moi elle ne saura plus où se mettre. Mais elle a choisit d’être là malgré tout et Dieu sait comme sa présence me rassure. (Qu’est ce que se serait si elle n’était pas là…) Arrivée à la porte j’esquisse un mouvement vers la voiture mais Alex me retient et m’engueule en me disant d’arrêter de jouer à la gamine ! Je lui réponds que de me faire disputer comme une gamine ça n’aide pas à ne pas me sentir comme telle, elle soupire juste et appuie sur la sonnette. « Je n’étais pas prête ! » « Tu ne le serais jamais si je n’accélérais pas un peu les choses ! » Là elle n’a pas tort… Il faut à peine dix secondes pour que la porte s’ouvre à la volée, laissant apparaître le visage souriant à l’extrême de ma mère et les mille couleurs de sa robe. Mon dieu qu’est ce qu’elle porte encore, c’est limite si elle ne me fait pas honte, je me bénis d’avoir pensé à dire à Alex à quel point ma mère pouvait être « excentrique »… En voyant ma petite amie à côté de moi ma mère semble surprise et déçue, malgré ça elle nous fait la bise avec force mais finit enfin par demander : « Ton fiancé n’as pas pu venir c’est ça ? Voilà le malheur de vivre avec un médecin, ils ont des imprévus tout le temps ! Mais tu as emmené une de tes amies, c’est très bien ça, comme ça nous n’aurons pas un couvert en plus ! » Elle refait la bise à Alex et lui disant qu’elle est enchantée et puis repart dans la cuisine à tout allure en s’excusant. Voilà ma mère, à voir le visage d’Alex elle ne s’attendait pas à ça… Je la taquine : « Ferme la bouche, va falloir s’habituer à ça… » Elle ferme sa bouche à toute vitesse comme pour s’excuser et me demande timidement si ma mère est toujours aussi speed. J’hoche la tête de haut en bas et Alex se contente de lever les sourcils comme si elle disait « wahou ! » Je la traîne dans le salon pour lui présenter le reste de ma famille. Ici mon père, en train de s’engueuler avec mon oncle comme d’habitude, cette fois à propos de football, mon frère ultra discret à tel point que dans le genre timide et peu social on ne peut faire pire, ma tante à moitié folle qui trimballe tous ses bijoux sur elle pour ce genre de fête de famille à tel point qu’on a l’impression qu’elle brille autant le sapin, mon grand frère d’un an mon aîné, le seul normal ou presque et enfin ma sœur, total opposé de mon frère que je m’attendais presque à voir dans sa tenue de meneuse de claque mais qui a opté pour la mini jupe on ne peut plus courte et un haut qui montre son nombril comme le porterai une gamine de treize ans alors qu’elle en a dix huit. Alex me glisse « Quelle charmante famille… » Là, enfin elle commence à flipper autant que moi ! A chaque personne à qui je présente Alex, on me demande où est mon fiancé, je voudrai pouvoir mais je n’ose pas répondre la vérité et me contente de dire qu’il a eu un empêchement. Ma tante me glisse à l’oreille de me méfier et de vérifier si son empêchement ne porte pas le nom d’une femme, je la remercie et file, en tirant Alex par le bras, dans la salle de bain. Une fois la porte fermée je craque : « Je n’y arriverai jamais ! » « Euh… écoute, tu vas t’obliger à le faire à un moment précis, comme ça, tu arrêteras de le repousser et tu le feras forcément ! » « A quel moment tu penses ? » Elle imite la voix de ma mère en alternance avec la sienne pour répondre : « Ah tiens comment vous vous appelez au fait ? Alex madame. Ah tiens Alex, comme le fiancé d’Isabelle, nous en aurons finalement un à table aujourd’hui alors ! » « Tu veux en venir où, elle a déjà dit ça et elle ne le rediras pas deux fois, je sais bien qu’elle est cinglée mais pas de cette façon là… » « Non, mais ils vont bien finir par me demander quel est mon métier à table et lorsque je dirai médecin elle dira encore : Ah tiens quelle coïncidence, comme le fiancé d’Isabelle et là il faut que tu le dises ! » Je la fusille du regard. « Ou fais le quand tu veux mais elle va le demander et si tu ne le dis pas après ça, ils vont vraiment se poser des questions… » « Je vais le faire okay ! »
Lorsque nous sortons de la salle de bain, ma mère annonce que nous passons à table. Celle-ci pourrait presque plier sous le poids de la nourriture qu’elle retient. Nous nous asseyons tous et je montre à Alex la chaise à côté de moi, malheureusement au moment où elle va s’assoire mon frère la prend par le bras et lui demande de s’assoire à côté de lui avec un sourire ravageur. Alex semble perdue quelques secondes et comprend qu’elle n’a pas le choix. De la nourriture à foison défile dans nos assiettes, les discussions étant déjà bien entamées entre tous les membres de la famille avant de passer à table, elle continue de la même façon après. Ainsi pour le moment personne ne demande assez fort pour que tout le monde ne l’entende ce qu’Alex fait dans la vie. Ma tante entreprend de parler avec moi et je n’ai beau faire que des réponses courtes et ne relancer jamais la discussion, elle se prend totalement dedans et impossible de faire quoi que ce soit d’autre que de parler avec elle. J’observe Alex du coin de l’œil, elle discute avec mon frère. Mais ! Ah je vais le tuer ! Mon frère vient de poser sa main sur celle de ma petite amie, j’hallucine, il lui fait son numéro de drague ! Je vais le tuer, je vais le tuer, je vais le tuer ! Alex qui ne comprend pas apparemment la technique de mon frère ne fait rien pour le stopper. J’enrage. Et ma tante qui me bassine avec ses histoires de poulets thaïlandais ! Mais je n’en ai rien à foutre moi des poulets thaïlandais ! Quelques minutes plus tard, alors que je ressens un besoin impressionnant de me défouler, ma mère arrive avec des cailles flambées. A peine pose-t-elle celle de ma tante devant celle-ci que cette dernière plonge involontairement sa serviette dedans. Ma tante panique et ne trouve rien de mieux à faire que de lancer la caille… sur moi ! Enlevez moi ce truc ! Je ne sais qui prend l’initiative de me lancer la carafe d’eau en plein visage. J’avais lâché la caille depuis un moment. Là je suis blasée, trempée et avec une chemise un peu brûlée. Ma mère me saute dessus et me demande si je vais bien, Alex se lève aussi immédiatement, une réelle peur lisible sur son visage. Cette interruption semble par contre gêner mon frère dans son entreprise de séduction acharnée. « Je vais bien. » Ma mère me propose de me prêter des affaires et je file me changer avec ce qu’elle me donne quelques instant plus tard. Une fois dans la chambre je déplie les affaires. Cette soirée est pire que tout…
Je fais à peine un pas dans la pièce et tout le monde explose de rire en me voyant. Pas étonnant lorsqu’on est habillée comme un clown. Seule ma mère ne rie pas et elle fait taire tout le monde et me dit que ça me va très bien. Je m’assois simplement sans dire un mot. Je vais me pendre… Alex me demande une fois de plus si ça va. Je ne réponds pas.
Après cet incident, les discussions reprennent et elles deviennent beaucoup plus commune, tant et si bien que lorsque ma mère demande à Alex ce qu’elle fait dans la vie, tout le monde lève le nez de son assiette pour entendre sa réponse. De mon côté j’ai le cœur qui a soudain accéléré comme jamais et une boule très prononcée dans la gorge. Alex me regarde et tente de me calmer d’un regard doux et attentionné. Ça n’a pas beaucoup d’effet… Comme au ralenti je l’entends répondre qu’elle est médecin et toujours dans ce même ralenti ma mère qui répond que c’est un métier qui doit être difficile et qui se souvient tout à coup que c’est me métier de mon supposé fiancé. Alors en fait alors par à l’assemblée. Cette fois c’est à moi… « Maman… » « Maman je suis homosexuel ! » Je m’étrangle. Tous les regards se posent sur mon petit frère. Lui qui a l’habitude de ne jamais être le centre de l’attention doit se sentir bien gêné sous tous ses regards. Il y a un silence immense. A partir de là c’est le chaos total. Ils lui font répéter et moi je le maudis d’avoir piqué ma réplique. Ma mère lui dit que c’est impossible, mon père s’engueule avec mon oncle à propos de la possibilité ou non de changer de bord à son age. Ma tante acquiesce, en effet : seize ans c’est trop jeune pour être sûr ! Ma mère file dans la cuisine. Mon frère hurle qu’il est sûr de lui. Mon grand frère en profite pour poser ses mains sur les épaules d’Alex, ma petite sœur ne dit absolument rien, c’est bien la première fois que je ne l’entends pas… On me demande mon avis, je panique, Alex a l’air d’être dans la même situation que moi : totalement paumée. Ça gueule dans tous les sens et le pire c’est que si on écoute ce qu’ils disent bah justement ils parlent pour ne rien dire. Ils sont choqués simplement, mais c’est ma famille et il fallait qu’elle ait une façon étrange d’être choquée ! Mon père m’ordonne plus qu’il me demande d’aller dans la cuisine pour voir ce que fait ma mère. Je me lève sans protester et Alex se libère des bars de mon frère pour me suivre. Elle me demande une nouvelle fois si je vais bien, je ne réponds toujours rien. Ma mère est bien dans la cuisine, en train de préparer les petits four comme si de rien n’était. Lorsque nous entrons dans la pièce elle nous demande de lui donner un coup de main. Alex me dit tout bas de profiter de la panique pour tout dire aussi. Je prends mon courage à deux mains. « Maman, il faut que je te dise… » « C’est incroyable, c’est incroyable, ton frère ! Tu aurais pensé qu’il l’était toi ? » « Non, je n’en avais aucune idée, mais à ce sujet il faut que je te dise… » « Seize ans ! Il nous cache ça depuis seize ans ! » « Euh… non, maman n’exagère pas, ça ne fait certainement pas seize ans qu’il est homosexuel, il vient certainement seulement de le découvrir… » « Mais qu’est ce que tu en sais toi ! » « Bah à vrai dire… » « Et puis regarde, ton père crie encore ! Et comment je vais annoncer ça au reste de la famille moi ! » « Je l’ignore maman, mais écoute il faut que je te parle. Moi aussi je… » « Mais ne reste pas plantée là, aide moi avec les petits fours ! C’est Alex qui est en train de tout faire ! » « Maman, s’il te plaît, écoute… » Alors ma sœur entre dans la cuisine. « Maman, ils viennent tous de partir… » Ma mère stoppe ce qu’elle faisait en proie à la panique. « Mais partis où ? » « En ville, dans un bar. » « Mais pourquoi ? » « Eric a dit qu’il avait besoin d’air, il voulait revenir chercher Alex dans la cuisine pour l’emmener boire un verre dans un endroit plus calme alors papa a dit que c’était un malheur parce qu’il n’aurait qu’un seul fils qui serait capable de boire comme un vrai homme. Donc Thomas s’est énervé en disant que ce n’était pas parce qu’il était homo qu’il ne pouvait pas se saouler, Hugo a prit sa défense devant papa alors papa forcément n’a plus cru Thomas et pour être certain ils sont tous partis boire en ville et ils ont obligé Eric à venir avec eux. » « Mais et ta tante ? » « Bah justement si ils ont voulu aller en ville pour se saouler c’est parce qu’elle a finit toutes les bouteilles de vin à table, elle est dans le salon, complètement ivre en train de chanter petit papa noël. » Alex me regarde avec un grand sourire aux lèvres. Après réflexion je souris aussi, c’est tellement ridicule que ça en devient comique. Il est temps maintenant de partir de cette maison de fou, j’embrasse maman qui me demande où je vais. Je lui réponds simplement qu’on va rentrer et que je l’appelle demain. Elle me dit qu’elle comprend et nous raccompagne Alex et moi à la porte d’entrée.
Après quelques pas dans la neige en direction de la voiture Alex me demande si c’est comme ça tous les ans. « C’est comme ça tous les jours… » « J’adore ta famille ! » Je m’arrête. « Tu es sérieuse ? » « Je vais t’inviter à dîner chez mes parents tu vas voir, on s’embête à mourir… » « Je n’ai pas pu dire à ma mère pour nous deux, je suis désolée. » « Vu ta famille, le téléphone c’est préférable je crois… »
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dimanche, 17 juillet 2005
Mes excuses..
Oui, désolée ça fait un moment qu'il n'y a pas eu de nouvelles mises à jour sur le blog, et il n'y en aura pas avant un moment je le crains. Pour le moment j'ai des vacances plutôt chargées, donc pas le temps d'écrire, juste bosser ou alors je profite plutôt de mon temps libre pour voir mes potes... Rajoutons à cela que mon pc refuse de démarrer et qu'il ne sera pas réparé avant un bout de temps !
En tout cas je continue quand même à lire vos mails même si, je m'en excuse, je ne répond pas tout de suite et prends un sacré retard pour le faire, mais je vous inquiétez pas si vous attendez une réponse, ça viendra !
Je lis aussi attentivement les commentaires et je voudrai donc préciser quelques petites choses.
En ce qui concerne la liste de film : elle est loin d'être finie, j'en rajouterai mais si après cet article je fais de nouvelles mise à jour sur le blog, ça ne sera certainement pas pour rajouter des films, il y a nettement plus urgent et puis les films sont plus là pour planter le décor, ce n'est pas le vrai but du site de renseigner sur les films je pense que vous l'avez remarqué... Il doit y avoir d'autres adresses où vous pouvez trouver des infos sur les films lesbiens, je donnerai peut etre quelques adresses sur le blog lorsque j'aurai plus de temps...
Ensuite pour celles qui laissent leur adresse e-mail pour que tout le monde la prenne : si le message ne concerne que cela, je le supprime, je n'ai aps envie que le blog devienne un forum, par contre si vous le voulez je suis tout à fait prête à faire un forum (mais c'est toujours pareil, lorsque j'aurai plus de temps...) Bref, en plus ça ne sert à rien de laisser vos adresses e-mail, on ne les voit pas dans les commentaires, seulement l'adresse de vos blog, je suis la seule apte à voir les adresse e-mail...
Sur ce je vous souhaite tous une bonne journée et de bonne vacances !
11:50 Publié dans 1. Mises à jour | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
mardi, 07 juin 2005
Anonyme moi
Fuite. Besoin de fuir tout ça. Partir. Puisqu’il ne reste plus que ça à faire. Partir pour arrêter de se poser toujours les mêmes questions débiles qui ne sont plus jamais suivies par des réponses. Arrêter de se prendre la tête. Qu’est ce que je fous là ? Pourquoi je fais ça ? Et des tonnes d’autres mots qui résonnent dans la tête comme si on avait mit un vieux disque rayé condamné à repasser en boucle et indéfiniment le même morceau d’une chanson au refrain fané. Trop de truc à affronter, trop de combats dont les victoires ne suffisent pas à me motiver… Un billet de train c’est vite acheté. Un voyage ça peut vite s’improviser et oui, tous les sous que j’ai gagné cet été vont y passer mais après tout si j’ai besoin de faire un truc cinglé pour sentir que je peux exister ! Portefeuille, papier d’identité à leur place, un seul sac à dos remplit de fringues de rechange. Ma carte bleue et on ne sait jamais, du liquide planqué dans mes chaussettes ! Je suis cinglé de faire ça mais l’image me plaît trop. Dans les années soixante dix il y en a qui ont parcouru l’Amérique en n’usant qu’un dollar par jour ! Oui bah en fait définitivement on oublie l’argent dans les chaussettes, ça gratte trop… A défaut voilà les trois billets dans la poche de mon jean. Brosse à dent et nécessaire pour avoir une tête décente. Après tout je ne suis pas stupide, le fait d’être lesbienne ne m’empêche pas de vouloir plaire aux mecs, je sais qu’on me prendra en stop plus facilement et aussi que je suis bien contente de me faire passer pour une hétéro quand un petit vendeur joue les beaux cœurs et me fait des prix sur ses produits…
Une fois que tout est dans mon sac, je prends le billet de train sur ma table de chevet. Un aller pour Paris, je ferme à clef la porte de mon appart’ après avoir laissé un mot à l’intérieur qui explique pourquoi je suis partie, on ne sait jamais s’il m’arrivait problème… Avec le bus je suis rapidement au quai minuscule qui sert de gare dans ma petite ville. Je composte mon billet puisque le train arrive d’ici dix minutes. Quelques personnes attendent comme moi mais à vrai dire je suis trop perdue dans mes pensées pour réellement y faire attention. Je ne sais pas du tout ce que je vais faire une fois sur Paris. A partir de là-bas je pourrai me rendre n’importe où, même dans un autre pays. J’ai dans ma poche l’adresse d’une ancienne amie qui j’espère pourra m’héberger cette nuit, sinon je trouverai bien un petit hôtel ou une auberge de jeunesse… Rien n’est prévu et c’est justement ce qui me plaît dans ce que je suis en train de faire. Il peut arriver n’importe quoi et c’est bien pour cela que j’ai l’impression qu’il m’arrive quelque chose. Qu’il m’arrive enfin quelque chose. Finit le cycle de routine : cours, dodo, soties diverses dans les cafés, cours, dodo, etc… Je fais seulement ce que tout le monde a toujours rêvé de faire : tout lâcher. Et ça fait un bien fou !
Le train entre en gare et j’entre dans le wagon fumeur, cherchant une place libre, et il y en a pas mal, où je pourrais être tranquille. Les autres passagers s’installent aussi et quelques minutes plus tard le train est reparti. Je pousse un soupir, j’ai plus d’une heure à tuer et je n’ai que mes pensées pour me distraire. Je fouille dans mon sac pour mon paquet de cigarettes dont j’en sors une avant de me rendre compte que j’ai oublié de prendre un briquet. J’oublie toujours quelque chose en préparant mon sac, si c’est la chose que je devais oublier sur ce voyage tant mieux, ce n’est pas la plus nécessaire… Je me retourne dans mon siège pour demander à la personne assise derrière moi de me passer son feu, l’avantage du wagon fumeur étant justement que tout le monde fume et qu’elle en aura sûrement !
J’en ai le souffle coupé. Si le coup de foudre existe je viens de l’avoir. Je trouve ça totalement puéril d’avoir cette pensée mais c’est pourtant vrai. La jeune fille n’est certainement pas parfaite mais elle est exactement ce que j’appellerais « mon idéal physique ». Ni grande ni petite, quoi que ça puisse être faux puisqu’elle est assise, des cheveux châtains mi-longs composés seulement de mèches folles qui partent dans tous les sens, des lunettes fines posée sur le nez et surtout, et je crois que c’est ce qui finit par me séduire irrémédiablement, tellement concentrée dans son livre qu’elle ne se semble même pas se rendre compte que je me suis retournée vers elle au dessus de mon siège. J’hésite à l’importuner tellement elle donne le sentiment que je vais interrompre un instant divin, mais en totale contradiction avec ça, j’ai une réelle envie de lui adresser quelques mots. Je m’excuse doucement pour qu’elle lève la tête de son livre. Elle pose sur moi deux petits yeux interrogateurs et curieux. Ah, je fonds ! Alors je demande ce pour quoi je me suis retournée. J’ajoute un petit « S’il te plaît » mer rendant compte que je l’avais oublié. Elle sourit, pose son livre sur le siège à côté d’elle et après avoir fouillé dans sa poche, sors un briquet multicolore dont elle allume la flamme. Je la laisse allumer la cigarette. Qui allume, encu… Mais pourquoi je pense à des trucs pareils moi ! Je tire une latte et lui dis merci tout en lui rendant son sourire. Tout simplement parce que je ne saurais quoi lui dire mais aussi parce que je préfère l’oublier parce que il y a cette manie pour presque toutes les filles d’être hétéros qui est si gênante, je n’engage pas la conversation. Laissons là être cette inconnue parfaite que je garderais en mémoire et n’échangeons pas un mot pour découvrir qu’elle est aussi bête que ses pieds. Tiens d’ailleurs avant de me retourner… Nietzsche ! J’hallucine elle lit Nietzsche ! Elle ne peut pas être une imbécile si elle lit un truc pareil ! Je dirais même que je passe pour une conne à côté d’elle moi qui ne lit que des trucs de science fiction débiles… Pourquoi il a fallut qu’elle lise ça, là je ne peux m’en empêcher, elle aurait joué l’andouille je me serais retournée gentiment ! « Tu vas jusque Paris ? » Elle arrêt le geste de sa main qui voulait reprendre le livre à côté d’elle. Hehe, je suis plus intéressante que Nietzsche, je n’aurais jamais pensé ! Elle confirme et me retourne la question à laquelle je réponds oui moi aussi. « Tu va faire quoi là bas ? » Elle me raconte qu’elle est y est en fac d’anglais. Le dialogue s’installe alors elle me propose de m’installer à côté d’elle. Je m’empresse d’accepter et me voilà bien vite à côté d’elle.
Mais il faut toujours quand on fait la connaissance de quelqu’un qu’il y ait cette question piège pour vous, celle qui vous donne un choix à faire entre dire que vous êtes lesbienne et risquer que la personne change d’attitude avec vous, ou mentir et ne pas trop en dire plus mais risquer, si vous vous entendez vraiment bien avec cette personne, qu’elle prenne mal le fait que vous lui avez mentit lorsqu’elle l’apprendra plus tard… Cette question est arrivée et le pire avec elle c’est qu’on doit donner une réponse tout de suite et essayer de réfléchir le moins possible. En gros : la réponse est donnée totalement au hasard ou selon l’humeur. Je tente le tout pour le tout. « Ah vrai dire je suis lesbienne… » Elle me regarde simplement curieuse et réplique en riant : « Ca ne me dis pas si tu es célibataire ou non ! » « Alors oui je suis célibataire ! » Le contrôleur arrive pour vérifier nos billets. Une fois reparti j’aimerai lui demander à elle aussi si elle est célibataire mais le plus souvent je n’aime pas poser cette question, après avoir dit que je suis lesbienne ça passe pour de la drague… Enfin si elle pensait que je la draguais elle ne serait pas loin, je n’ose pas mais j’aimerais… La discussion va vers d’autres sujets et me voilà en train d’expliquer pourquoi je pars de ma petite ville de province. Oh ! Ce n’est qu’un contact très léger mais elle vient poser son bras sur son accoudoir et touche ainsi le mien. Je sais bien que pour elle ce n’est rien mais avec l’obsession que j’ai moi sur elle, je ne peux m’empêcher de porter de l’attention à ce détail. J’essaie d’oublier puis on parle de nos vies qui commencent, on se plaint des petits bobos de l’existence, on se rend compte à deux que finalement ce n’est pas si terrible…
Conclusion : une heure qui passe comme dix minutes, la voix métallique nous informe dans les hauts parleurs du wagon que nous sommes arrivée au terminus. Nous descendons sur le quai, toujours en discutant. Vient le moment où le rêve s’arrête, où il faut lui dire au revoir. J’aimerai l’inviter à prendre un café mais il faut se rendre à l’évidence, les bonnes choses ont une fin et il est temps que ce soit la fin de cette histoire là. Qu’on retourne chacune à nos vies, surtout que si pour moi elle restera certainement un fantasme récurent de mes rêves, moi pour elle je ne suis que la fille du train, elle m’aura oublié demain… Nous voilà toutes les deux un peu gênées, nos sacs sur les épaules. Elle n’aura été qu’un genre de fantôme, une illusion d’une heure. Elle va disparaître là sous mes yeux pour toujours. Il ne se sera rien passé d’extraordinaire et il ne se passera plus rien. Je pourrais faire plein de choses, lui demander son numéro de téléphone, une adresse, n’importe quoi, mais je ne fais rien. Je souris simplement, je lui fais la bise et lui souhaite une bonne vie, ce qu’elle me souhaite aussi. Un dernier sourire puis je pars vers une des sorties tandis qu’elle se dirige vers une autre. Je fais trois pas, me retourne. « Quel est ton nom au fait ? » Mais mes yeux ne rencontrent que le vide, elle n’est déjà plus là… J’hausse les épaules, c’est aussi bien… Je sors le papier froissé de ma poche, il faut maintenant que je trouve où dormir ce soir…
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lundi, 30 mai 2005
Entre elles
Flashs. Lumières multicolores. Rythme cardiaque qui s'accorde avec les tremblements du sol. Les enceintes font des pulsations que je ressens dans mon propre organisme. Souffle qui s'accélère. La voix qui contraste avec tout ça, qui emporte ma tête. Quand je ferme les yeux j'ai l'impression de tourbillonner et de tomber en arrière. La foule qui hurle. La fosse a l'air déchaînée. Bref coup d'œil. Chaire de poule à la vue de ces quelques cinq mille personnes qui remplissent la salle. Cris du public. Mes yeux se reportent sur la scène et comprennent pourquoi : elle s'approche d'eux. Le micro à la main. Je suis hypnotisée. Cette musique a des allures de fin du monde mais elle avance doucement, si doucement, le regard fixe. Elle a l'air de toucher quelque chose de supérieur. J'imagine qu'elle est dans sa bulle, transportée « autre part ». Je l'envie tellement, moi qui ne suis que sur le côté de la scène, près des coulisses, en train de regarder le groupe jouer. Tout à l'heure ils arriveront en poussant des cris de joie, encore pleins d'adrénaline, heureux de l'avoir fait, heureux que le public ait apprécié le show. Ravis comme si c'était eux qu'ils venaient voir, comme si ils n'étaient pas « juste » une première partie. Mais ils auront raison. Ils plaisent au public, ils méritent plus que ça, mais ce n'est déjà pas mal. Peu vont jusque là où se sont rendus. Dernière chanson, ces milliers de personnes l'ignorent mais plus que quatre minutes et ils recommenceront à penser à leurs idoles et exigeront leur présence sur scène. Ils ont fait leur boulot, la salle est « chauffée ». Alors pour la dernière, comme toujours, ils marquent le coup. La chanson la plus impressionnante, celle qui vous entraîne le plus, celle qui leur a fait obtenir cette première partie. Ils profitent des dernières secondes. Ils se donnent à fond. Et enfin, le dernier accord de guitare sur lequel le temps semble s'arrêter. Noir. Ils n'ont pas le temps de quitter la scène que déjà le public les rappelle, mais ils vont s'en aller, ils sont déjà restés plus longtemps que prévu. Alors la voilà qui court vers moi. Elle me saute dans les bras, m'embrasse fougueusement. Elle a un sourire tellement grand sur les lèvres, que je ne lui connais qu'après un concert. Elle hurle de joie dans mes oreilles mais après la puissance des enceintes je ne suis pas à ça près... Puis après m'avoir serré si fort, limite jusqu'à me faire des bleus, elle s'arrache à moi et je la suis sur scène, cachée des yeux de la foules derrière un énorme rideau, pour les aider à remballer le matériel. Je souris de leur propre enthousiasme. Ils sont tous en train de rire, d'hurler que c'était terrible, génial, que c'était le meilleur moment de leur vie. A des moments différents ils finissent tous par me prendre dans leurs bras pour communiquer leur joie. Elle regarde en souriant, ça fait longtemps qu'elle n'est plus jalouse, qu'elle s'est habituée au fait que sa petite amie soit devenue une sorte de mascotte du groupe à force de les suivre partout en tournée. Et moi le rôle de petite mascotte m'amuse. Je suis la petite sœur générale et sa petite amie à elle. Ça me va très bien, même si les fans me détestent !
Le matériel rangé, il faut laisser la place aux vraies vedettes ou du moins à ceux qui installent le matériel pour eux. Nous retournons dans les coulisses, rejoindre les deux loges qui nous sont attribuées. Une pour les instruments, une pour les gens ! Affalement total dans les vieux canapés dépareillés sortis des garages des grands-mères puisque les loges n'étaient pas aménagées. Nous nous installons toutes les deux dans le fauteuil le plus grand. Je suis posée entre ses bras. Je sens encore son cœur dans sa poitrine, loin d'être calmé, qui au contraire semble vouloir s'arracher de son corps. Alors que quelques centilitres d'un délicieux cocktail préparé par le guitariste coule dans nos verres, ils commencent à commenter leur prestation.
Et voilà que tout part de travers. Une simple remarque sur un contretemps. Le bassiste qui réplique qu'il n'a fait aucune erreur. Tout le monde s'en mêle. On essaie de me prendre à témoin mais je ne connais rien à la musique... La dispute dévie sur les comportements exécrables pendant les répétitions. J'essaie de calmer le jeu, sans succès. Il se lève, sort de la pièce. Silence dans celle-ci puis soudain un bruit impressionnant dans l'autre loge. Précipitation pour voir ce qu'il se passe et je me retrouve avec le spectacle du bassiste en train de défoncer la batterie à coup de guitare. Les deux propriétaires des instruments sautent sur le coupable et ils commencent à se battre alors qu'au dessus de nos têtes, la musique des vraies vedettes du concert fait vibrer le plafond.
Impressionnée par le spectacle d'un bassiste au nez cassé jeté sur le trottoir devant la salle sans son passe afin qu'il n'entre plus, et avec dans les main un instrument qui ressemble plus à un puzzle qu'à une basse, je viens me coller dans ses bras. Elle me glisse quelques mots rassurants au creux de l'oreille, avec cette même voix qui a charmé le public tout à l'heure. Le guitariste s'inquiète : « Il va falloir trouver un nouveau bassiste d'urgence, la tournée n'est pas finie, nous devons encore suivre le groupe dans trois autres prestations... » Après la joie de tout à l'heure les voilà avec des têtes d'enterrement et c'est justifié. Il ne reste que trois jours pour trouver un bassiste et lui apprendre les chansons et il faut aller acheter une nouvelle guitare et remplacer quelques peaux sur la batterie... Le désespoir s'installe mais il n'y a pas assez de temps pour s'apitoyer sur leur sort. Les portables sont sortis, tous les musiciens des répertoires appelés pour trouver un bassiste motivé ou simplement obtenir le nom et le numéro d'un. Une audition est improvisée pour le lendemain matin afin de les écouter jouer et choisir le meilleur. Certains font des centaines de kilomètres pour avoir la chance d'être choisis. Personne ne leur plaît déjà d'avance mais ils n'auront pas la possibilité d'être exigeants. Elle appelle une salle des fêtes locale pour la réserver pour la journée. Trois essais avant d'en trouver une libre. Puis il ne reste plus qu'à rentrer se coucher à l'hôtel, puisque personne n'a le moral d'aller boire dans un pub pour fêter le succès de ce soir.
Dix heures et quelques minutes de retard, notre super van peinturé arrive devant une salle minuscule. Ils sont déjà une petite vingtaine à attendre, housse de basse à la main. Le groupe leur explique qu'ils doivent trouver quelqu'un qui aura à apprendre une dizaine de morceaux en moins de trois jours. Qu'ils cherchent un remplaçant pour le moment, mais que peut-être ils demanderont à celui qui sera choisi de rester dans le groupe définitivement. Ils vont les faire rentrer dans la salle un par un, les écouteront jouer et poseront peut-être quelques questions. Elle me prend par la taille et m'entraîne à l'intérieur. Je souris devant son attention de m'apporter une chaise puis de s'assoire elle-même à côté de moi. Les candidats défilent. Le groupe prend des notes mais perd patience. Les partitions semblent trop dures pour certains, un autre fait une remarque sur « les deux guinasses » qui lui vaut immédiatement une sortie brutale par les membres du groupe, d'autres sont trop mous, trop fous... trop... Personne ne semble correspondre, même au minimum qu'ils demandaient. J'entends de plus en plus de soupirs. Un autre « Musicien suivant » est lancé et voilà qu'une fille entre dans la salle. Certainement à cause de nos préférences sexuelles à tous, notre attention est immédiatement scotchée à elle, nous qui ne voyons que des hommes depuis plus d'une heure. Je l'observe sortir l'instrument doucement puis elle pose la partition devant elle et se met à jouer. Elle semble concentrée. Je sais qu'elle plaira au groupe, enfin je l'espère, car elle a aussi cette attitude « perdu dans ma bulle » lorsqu'elle joue. Elle semble ailleurs et alors c'est merveilleux de la regarder faire danser ses doigts sur les cordes métalliques. Elle finit le morceau sans que les garçons ne l'interrompent, ce qu'ils ont fait pourtant avec tous les autres. Je vois les sourires qui se dessinent sur leur visage. Ils lui posent quelques questions, elle a de l'humour la bassiste mystérieuse, et des yeux qui me renversent. Elle sort de la salle en ayant comme les autres donné son numéro, sans qu'ils ne lui aient laissé croire qu'elle a des chances d'être prise, mais une fois partie ils s'empressent de dire qu'ils ont sûrement trouvé la bonne personne. Il n'y a qu'elle qui ne dit rien. Elle vient poser sa tête contre mon épaule. Lorsque je lui demande ce qui ne va pas elle me dit que ce n'est rien. Je la connais trop bien, elle est la seule fille du groupe, elle aimerait le rester. Les auditions continuent. Il y a un ou deux bons musiciens mais après discussion c'est la bassiste qu'on appelle. Ma petite chanteuse a bien du admettre qu'elle avait du talent et que ça serait bête de passer à côté d'une telle musicienne.
Le batteur me tend son portable et me demande de l'appeler pour lui dire de venir répéter avec le reste du groupe voir si ça colle, je compose le numéro tandis que le groupe sort les instruments du van. Ma chanteuse vient me prendre le téléphone des mains et coupe la communication avant que je n'ais pu obtenir la moindre tonalité. « Qu'est ce que tu fais ? » Elle plonge ses yeux dans les miens d'une façon qui veut que je me sente coupable de quelque chose. « Je m'occupe de l'appeler, va les aider. » Loin de me sentir coupable, je me sens irritée. « Pourquoi ? » « Parce qu'elle te plaît, je ne le vois que trop bien. » « Je ne nie pas qu'elle m'intrigue, mais j'ai juste envie de la connaître. Sans plus. Je n'ai aucune intention de devenir autre chose qu'amie avec elle. » « J'ai horreur quand tu fais ça... » « Ça quoi ? » « Quand tu séduis les gens sans le vouloir. Enfin, appelle la, ce n'est pas de ta faute si tu es si désirable... » Elle rejoint les autres après m'avoir embrassée. Je recompose le numéro et tombe immédiatement sur la fille qui pousse un cri de joie dans le combiné lorsque j'annonce qu'on l'attend pour jouer avec le groupe.
Une journée de répétition et nous voilà tous au café. Ils sont rassurés, les choses avancent bien. Ils seront prêts. Maintenant c'est l'instant de détente. Le moment où l'on fait connaissance de la nouvelle sans que ce soit pour savoir si elle sait jouer ça ou ça. Je m'assois entre elles, devant une bonne bière fraîche. On rit, on plaisante, la joie et la bonne humeur incarnée. On commence à avoir un petit coup dans le nez et légèrement à ne plus trop savoir ce que l'on raconte. Ma chanteuse discute avec les deux guitaristes. Moi je discute avec la bassiste et le batteur nous écoute, à moitié endormi. Elle a des yeux magnifiques. Je me concentre sur elle, sur ce qu'elle me dit, le reste ne fait que tourner dans une danse majestueuse de couleurs et de bruits de fond. Je ne tenterai rien, je l'ai promis à ma chanteuse. Seulement, chose imprévue, ce n'est pas moi qui tente, mais il y a bien quelqu'une qui tente. En dessous de la table, à l'abri des regards, une main se pose sur ma cuisse. Je sais que ce n'est pas ma chanteuse. Contre toute attente et totalement contre mon gré, à ce tendre contact une chaleur inonde spontanément mon ventre. Un frisson contradictoire me parcourt. Merde, qu'est ce que je suis en train de faire. Je me rends compte de la situation, ma petite amie est à côté de moi et pourtant je ressens une envie folle d'embrasser ma voisine de table et vu ce geste, c'est réciproque. L'alcool m'embrouille. Je ne suis pas célibataire. Je ne suis pas célibataire. Retenir mes pulsions. Lui faire comprendre que ce n'est pas possible. Je bouge ma cuisse et m'intéresse à la conversation que ma chanteuse a. La bassiste comprend immédiatement et n'insiste plus de la soirée.
Lorsqu'il nous faut partir à la fin de la soirée, elle nous demande si quelqu'un peut la ramener chez elle car les bus ne roulent plus à cette heure tardive. Sans comprendre comment je me retrouve avec les clefs de la voiture du batteur dans les mains, qui conscient de son état d'ébriété me demande de prendre ma place dans le van. La chanteuse me jette un regard noir mais ne fait aucun commentaire sur mon obligation de ramener la bassiste. Nous sortons donc du bar et montons toutes les deux dans le véhicule. Pas un mot, un silence gêné s'installe, elle ne fait que me donner les indications sur la route à suivre. Une dizaine de minutes plus tard je me gare devant chez elle. Je sors pour ouvrir le coffre afin qu'elle récupère sa basse. Elle pose sa main sur l'instrument en même temps que moi. On se croirait dans cette caricature stupide de la rencontre dans les films. Aucune de nous deux ne retire sa main. Je les regarde l'une sur l'autre quelques secondes puis soulève la mienne. Je n'ose pas la regarder. Je pense à ma chanteuse, elle me tuerait si elle voyait la scène. La basse reste dans le coffre, une main se pose sur mon épaule. Je ne fais aucun mouvement, j'en suis incapable, comme contrôlée par une force supérieure. Elle s'approche de moi. Mon cœur s'accélère. Comme au ralenti, ses lèvres se posent sur les miennes. Je ferme les yeux, réponds à son baiser. Je n'ai aucune excuse, ce n'est pas la chanteuse que je suis en train d'embrasser, j'en ai terriblement conscience. Puis nos bouches se séparent. Je dois dire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard. « Ecoute, je ne peux pas faire ça... » Elle réponds simplement qu'elle sait d'une voix résignée, prend sa basse, me dit à demain et rentre chez elle.
Lorsque je rentre dans notre chambre d'hôtel elle est sur le lit, elle s'est endormie. Je dépose un baiser sur son front. Je me sens mal, je me sens coupable et j'ai entièrement raison de l'être. Mais je ne lui dirai rien. Je ne veux pas la perdre. Je me convaincs que j'avais trop bu. Je me déshabille et viens m'endormir à côté d'elle, passant tendrement un bras autour de sa taille.
Le jeu de séduction ne s'arrête pas. Je pensais qu'il s'arrêterait après la soirée au café mais non. Nous avons encore failli nous embrasser et lorsque par hasard nous nous retrouvons seule dans une pièce je lutte contre mes pulsions et prie pour que quelqu'un entre, ce qui heureusement arrive toujours. Je me sens perdue. Je les désire toutes les deux. Le choix devrait être tout fait, j'ai déjà ce qu'il me faut. Mais c'est plus fort que moi, la bassiste m'hypnotise et plus je la connais plus je la désire. Ce soir c'est un nouveau spectacle dans une nouvelle ville devant un nouveau public. Si sa préstation est aussi remarquable qu'en répétition en plus de nous suivre sur la fin de la tournée elle deviendra un membre du groupe à part entière. Je dois prendre une décision. Nous sommes dans les loges, le groupe vedette profite des quelques heures qu'il reste pour répéter. Les murs tremblent mais je suis bien trop perdue dans mes pensées pour faire attention à la musique et la laisser s'emparer de mon rythme cardiaque. Le groupe demande à la bassiste d'essayer un nouveau truc sur un morceau. Après essai, le changement est adopté à l'unanimité mais comme il est de dernières minutes, il faut que la bassiste le potasse un peu afin de véritablement le maîtriser. Les autres proposent d'aller se détendre d'une façon ou d'une autre pendant ce temps là, objectif course au super marché afin d'acheter de quoi faire un repas après le show. Je commence à enfiler mon manteau mais ma chanteuse me dit de rester pour tenir compagnie à la bassiste, qu'ils en ont pour une heure à peine. Je suis prise de terreur. Elle est sensée être jalouse, pourquoi est ce qu'elle me fait autant confiance ? Je ne peux refuser sans lui donner de soupçons alors je suspends mon geste puis repose mon vêtement. Ils s'en vont.
Nous voilà une fois de plus seules et cette fois personne pour nous interrompre. Je voudrais pouvoir me sauver. J'ai peur de ce qu'il peut se passer. Je ne dois pas, je ne dois pas ! Très professionnellement elle s'installe et s'entraîne sur la nouvelle partie. Je lutte contre ça mais bien vite cet air répété en boucle s'insinue dans ma poitrine. Prend possession de mon cœur. Je ne quitte pas ses doigts des yeux, je les contemple glisser le long du manche, frapper les cordes. Je m'aperçois qu'elle ne regarde plus du tout l'instrument, elle me regarde, moi. Je déglutie. Ma poitrine est soulevée par trois grandes inspirations. Elle arrête de jouer. « Tu veux essayer ? » Je secoue la tête de droite à gauche. « Je suis nulle en musique... » « Viens c'est facile, je vais te montrer ! » Je m'observe me lever du fauteuil et la rejoindre. Elle enlève la sangle de la basse de ses épaules, vient derrière moi et la passe sur les miennes. Mon cœur veut sortir de ma poitrine. Je ne suis pas du tout à l'aise. Elle pose alors ses mains sur les miennes, et se colle contre mon dos. Je sens son souffle sur ma nuque. Le mien s'accélère. Elle murmure des indications à mon oreille pour jouer une mélodie mais je ne peux faire le moindre geste. Alors ses mains quittent les miennes et viennent se poser sur mon ventre. De nouveau cette chaleur. Mon souffle se saccade tandis que ses mains remontent sur ma poitrine et que mon cou reçoit ses baisers. Trop tard. Je ne peux que me laisser emporter. Elle attrape la sangle et retire la basse. Je me retourne et l'embrasse avec passion cette fois. Elle me fait doucement reculer vers une sorte de salle de bain qui communique avec notre loge. Ses mains plus désireuses de continuer leur exploration...
Lorsque la chanteuse revient je suis plus paumée que jamais. Je suis incapable de savoir si j'ai fait une erreur ou non. Je DOIS prendre une décision. Je dois la prendre ce soir. Alors je fais comme si de rien n'était jusqu'à ce qu'ils montent sur scène. Je veux savoir, une fois emportée par la musique, en les voyant toutes les deux sur scène, laquelle je dois choisir.
Flashs. Lumières multicolores. Rythme cardiaque qui s'accorde avec les tremblements du sol. Les enceintes font des pulsations que je ressens dans mon propre organisme. Souffle qui s'accélère. La basse est maîtresse de mes pulsations, mais la voix au dessus de tout ça fait tourbillonner ma tête. Je les contemple toutes les deux se déchaîner, toutes les deux dans leur bulle, toutes les deux semblant vibrer avec le public. Elle, puis elle. Le choix est si dur. Mais au fond de moi je sais, je savais déjà dès la première seconde où je l'ai aperçue, que ce serait elle, à tout prix. C'est elle que je choisis.
Après leur prestation, alors que l'on range les instruments je m'arrange pour être seule avec elle. « Il faut que je te parle. » Elle se tourne vers moi, attentive. « Je t'aime. » Un sourire se dessine sur ses lèvres, mais elle ne dit rien elle attend la suite. « Je t'aime, mais je ne veux plus vous suivre lors des tournées. Je rentre, je t'attendrais. » Je l'observe passer sa langue sur ses lèvres sèche. Elle pose son micro sur la table. « C'est à cause d'elle ? » Je ne peux pas lui raconter tout ce qu'il s'est passé, mais je réponds que oui. Elle a une mine triste, mais elle vient me prendre dans ses bras. « Je ne veux pas savoir ce qu'il s'est passé. Je t'aime plus que tout. Je suis juste heureuse que tu ne me quittes pas. »
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mardi, 24 mai 2005
Instant film
Pourquoi est ce que lorsque l'on est déprimé on écoute toujours des chansons déprimantes au lieu de mettre des chansons gaies qui pourraient peut-être nous remettre le moral au top ? Petite déprime j'écoute du reggae et grosse déprime, me voilà en train d'écouter en boucle les mp3 au tempo le plus lent de tout mon disque dur... Je me dis que parfois ça a des avantages de ne pas être bilingue, que si je comprenais la moitié des paroles de ces chansons je les trouverais certainement ringardes et je me retrouverai sans musique... En fait je sais pourquoi j'écoute ça... Ce sont les « instants film », vous voyez ces moments dans un film où le héro vient d'avoir la pire merde qui peut lui tomber dessus et il ne se retrouve qu'à deux endroits. Soit il est sous la douche, avec l'eau qui coule sur son visage et dans ses yeux, les mains appuyées sur les parois et ses larmes qui se mélangent à toute cette eau, si bien que si l'acteur ne sait pas faire semblant de pleurer, bah on a l'impression qu'il pleure quand même... Deuxième endroit, et je m'aperçois qu'involontairement les clichés hollywoodiens ont une grande influence sur moi puisque c'est ce que je suis en train de faire, héro affalé sur son lit et qui regarde son plafond fixement, comme perdu dans ses pensées. Je n'ai pas de miroir au dessus de mon lit puisque ce n'est pas un de mes fantasmes de me voir lorsque je suis en train de coucher avec quelqu'un, alors j'ignore si j'ai moi aussi cet air résigné et paumé que le dit héro a dans tout bon film lorsqu'il est à ma place... Et pourquoi un lit et un plafond ? Mon plafond est véritablement laid, blanc avec des taches dues à l'âge... Il n'y a rien de plus à dire dessus, mais ce n'est pas pour autant que je bouge pour faire autre chose... Pour en revenir à mes instants film, le rapport à la musique c'est que dans la douche ou dans le lit, il y a toujours cette musique qui colle parfaitement à la situation et c'est ça un instant film, quand la musique qui passe colle totalement à la situation et que j'ai l'impression désagréable que ma vie est un putain de film dont je ne suis qu'une actrice involontaire...
D'ailleurs à quoi ça sert d'essayer de penser à autre chose ? Les gens qui disent voir le visage d'une autre personne lorsqu'ils ferment les paupières sont des menteurs. On ne peut pas voir le visage de quelqu'un lorsqu'il fait tout noir... Mais j'avoue que je comprends un peu ce qu'on entend par là... Les moines zen peuvent-ils vraiment avec la méditation arriver à ne plus penser à rien ? Je veux me faire moine alors ça serait tellement génial qu'il n'y ait plus tous ces souvenirs qui remontent, toutes ces pensées à la con qui forcent mon esprit... Elle... Ah je deviens folle ! Même mon corps fait des siennes, j'ai un besoin physique, j'ai besoin de sentir un corps allongé à côté du mien... Peut-être même un bras passé naturellement autour de moi et je n'ose pas voir plus loin, le manque est déjà trop intense... Plus j'y pense et plus j'ai mal d'être seule et plus je me sens seule plus j'ai envie de penser à elle... Alors je finis par penser à ce mot : lesbienne. Qu'est ce que ça m'apporte ça ? La première fois que j'ai embrassé une fille j'ai eu l'impression de vivre un truc étrange, et étrange ça me plaisait, qui ne veut pas vivre un truc étrange ? Ce sont les choses étranges qui font des films et des bouquins, personne n'a envie d'être normal. Pas moi en tout cas. Mais le sentiment d'étrange est vite passé et là je me suis rendue compte que lesbienne c'était juste moi et que c'était juste étrange pour les autres. Elle est partie bien loin la fierté homo, pourquoi je me sentirai fière de me trouver normale ? Et pourquoi me sentir fière que les autres me trouvent anormale ? Avant j'étais lesbienne, maintenant je suis « juste lesbienne »... Il n'y a plus rien d'un choix là dedans, je n'en vois plus que les désavantages... Si dix pourcents de la population est homo, qu'on arrondit à cinquante pourcents de la population les hommes, le reste étant des femmes, alors une hétéro a quand même un choix à faire sur quarante cinq pourcents de la population alors que la lesbienne n'a plus que cinq pourcents... Le manque ne me va vraiment pas, j'ai de ces pensées stupides...
J'en arrive pourtant à une conclusion après ma si peu longue expérience... Le seul truc qui nous fait nous sentir unique, qui nous fait étrange, qui nous fait nous évader, qui nous empêche d'avoir la pensée qui se barre dans tous les côtés : c'est aimer. Quand je suis sortie avec des gars je croyais que l'amour c'était une connerie, je pensais être amoureuse mais je trouvais que tout le bordel qu'on faisait sur ce sentiment c'était de l'air brassé pour rien... Je me suis dit qu'on écrivait des tonnes de livres basés juste sur une espèce de gigantesque exagération qu'on ne connaîtra jamais... Et puis je suis tombée amoureuse d'une fille. C'est dingue comme on peut changer de point de vue à une de ces vitesses ! Et oui, il n'y a que ça qui nous donne l'impression de vivre l'histoire d'un livre ou un film...
Eh non en fait... Comme quoi penser ça ne m'aide pas à être plus intelligente... tout à l'heure je pensais à ma déprime et là aussi j'avais l'impression d'être dans un film... Verdict : l'amour bah... En fait je n'en sais véritablement rien... Là tout de suite je me sens conne mais alors à un point... Plus on croit comprendre de trucs plus il y a des questions qui arrive et au final on se rend compte qu'on a rien comprit mais on a encore plus de question qu'avant auxquelles on cherche à répondre... Je veux retourner en maternelle ! Ah moments fabuleux de ma jeunesse insouciante... Le pire c'est que je suis encore considérée comme jeune, qu'est ce que ça doit être chiant d'être vieux alors...
Trente secondes de répit sans penser à elle et là voilà qui revient hanter mon esprit... C'est bizarre, quand je pense à elle il n'y a pas de questions qui me viennent, il y a juste un vide... Mais c'est pire je crois...
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