mercredi, 11 juillet 2007

Chute amoureuse

A neuf ans je suis tombée amoureuse.

Avant ça l’expression me paraissait floue, je ne comprenais pas réellement de quoi il était question. Il faut avouer que la langue française a ses bizarreries et pour une gamine de neuf ans l’idée d’une chute improbable que pourtant tout le monde désirait plus que tout était quelque chose de très abstrait qu’il restait à élucider.

Quand je suis entrée au CM1 il y a eu une nouvelle élève dans notre classe. Ce n’était pas la première fois et je me souviens qu’à cette époque un accord tacite entre nous tous voulait que les nouveaux élèves soient directement rejetés à la case bizarre. On ne leur parlait pas beaucoup, jusqu’au jour où sans crier gare ils n’étaient plus nouveau. Comme ça, un jour on se rendait compte qu’ils étaient là depuis un moment et alors ils intégraient une bande de copains pour « à la vie à la mort ».

La nouvelle élève cette fois là s’appelait Sabrina Hecker. Dans notre classe elle n’a pas connu ce moment de mise à l’écart que tous les nouveaux avaient eu à subir avant elle. Pourquoi ? La réponse est simple : elle était bien plus que bizarre, elle était fascinante. Sabrina marchait avec des béquilles, en permanence, l’une de ses jambes ne remplissait plus très bien ses fonctions motrices. Ce fait aurait poussé à la pitié n’importe quel adulte, il aurait pensé à tous les jeux auquel la fillette ne pourrait jamais jouer. Pour des enfants c’est différent. Des béquilles c’est un jeu. Observez le jour où un enfant arrivera avec un pied cassé dans une classe de primaire, je vous assure, tout le monde voudra qu’il lui prête ses béquilles et chacun s’amusera le temps qui lui sera donné à faire de grandes enjambées sous les yeux jaloux des autres.

Sabrina Hecker fut immédiatement populaire, elle avait le choix, elle pouvait intégrer la bande de copine qu’elle voulait. Elle choisit la notre et nous agrandîmes volontiers notre groupe pour la laisser y entrer. Cela me laissa de nombreuses occasions de faire bien plus connaissance avec elle. C’est de cette manière que j’appris que la raison de son infirmité était une mauvaise chute lorsqu’elle était plus petite. Elle me montra sa jambe incroyable déclarant avec fierté qu’elle ne sentait plus rien, effectivement à un endroit précis de sa jambe plus aucune sensation ne montait au cerveau, on pouvait frapper dessus avec la tête d’une poupée, la chatouiller, rien ne se passait.

Ce fut la révélation, je comprit enfin comment une chute pouvait être attendue par tout le monde et du même coup la vérité s’imposa à moi : Sabrina était tombée amoureuse et puisque j’étais la seule à m’en rendre compte, elle l’était forcément de moi !

Le soir même je suis rentrée à la maison pour annoncer la nouvelle à ma mère, j’étais amoureuse de Sabrina ! Cette idée me remplissait d’une joie énorme, je n’étais pas peu fière ! L’explication fit rire ma mère et elle ne trouva rien de mieux à me dire que « On ne tombe pas amoureux d’une fille ! » Devant l’ignorance flagrante de l’autorité maternelle je suis allée voir mon grand frère, lui pourrait comprendre j’en étais sûre. Mon frère rit aussi mais il ne fit pas de remarque sur le fait que Sabrina était une fille, il me dit simplement qu’être amoureux ne suffisait pas, les gens amoureux se faisaient des bisous et s’offraient des fleurs. Impressionnée par l’intelligence de mon aîné je me sauvais en courant bien décidée à mettre en application ses instructions.

Le lendemain j’informais Sabrina que nous étions amoureuses. Elle était tout à fait d’accord, l’idée lui plaisait beaucoup et elle me promit de faire des recherches pour tenir son rôle à la perfection.

C’est ainsi que nous nous rapprochâmes considérablement. Nos mères au courant de ce que nos imaginations folles avaient imaginé comme de l’amour nous laissaient faire, par pitié sûrement, parce que Sabrina ne marchait pas très bien mais que notre lien si puissant lui collait en permanence un sourire immense sur les lèvres. Elles trouvaient ça bizarre mais elles n’osèrent pas briser notre petit rêve, mieux encore, chacun d’elle nous gardaient à tour de rôle, ça laissait l’autre souffler pendant une journée et ça nous arrangeait aussi car nous étions alors toujours ensemble.

Sabrina fit effectivement des recherches très poussées et découvrit que les gens amoureux se mariaient. Nous nous mariâmes donc, une poupée à moi servant respectivement de curé, témoin et demoiselle d’horreur. Nos mères confisquèrent les alliances bricolées avec du fil de fer de peur qu’elles nous rentrent dans la peau. Nous nous tenions aussi fermement aux dires de mon frères et nous faisions beaucoup de bisous, il n’avait pas précisé où, nous nous en faisions donc partout, joue, bouche, bras, mains, etc. Les fleurs posèrent plus de problèmes, nous arrêtâmes définitivement d’en offrir lorsque la voisine vint se plaindre à ma mère que ses parterres étaient tous décapités par notre faute. Par la suite nous adoptâmes une poupée pour en faire notre fille commune.

Jamais complicité ne fut plus grande. Trop grande peut-être. Lorsque nous entrâmes toutes les deux au collège nous avions comprit ce qu’était tomber amoureux aux yeux du reste du monde. Pourtant il n’y eu aucun changement. Au contraire, nous poussions la chose encore plus loin, physiquement je veux dire. Nous n’avons jamais réellement couché ensemble toutes les deux, nous étions trop jeunes pour que nos corps nous en donne l’envie, la puberté était un futur proche mais un futur quand même. Seulement oui, nous avions déjà dormies toutes les deux, nous avons déjà été nues et nos caresses ne connurent jamais d’endroit tabou.

Nous nous tenions à la décision d’être amoureuses mais maintenant nous le faisions en cachette, notre jeu ne plaisait plus qu’à nous. Nos mères ont commencé à s’inquiéter de notre relation imaginaire et elles nous interdirent tout bonnement de la poursuivre. Autant parler dans l’oreille d’un sourd. Nous observâmes les autres filles pour imiter leur simple amitié et nous donnions ce masque à ceux qui nous entouraient. Cela rassura tout le monde mais en réalité nous étions toujours enfermées, plus que jamais même, dans le délire que nous avions mis en place.

Ça n’a pas continué. Les parents de Sabrina nous surprirent un jour dans sa chambre en train de nous rouler une galoche des plus mémorables. Etrangement nous aimions énormément ça, par la suite je n’ai jamais supporté l’intrusion de la langue de qui que ce soit dans ma bouche, j’ai toujours trouvé ça « bourrin », mais avec elle tout était différent. Nous ne pûmes nous en tirer avec un « on s’entraînait pour les garçons », le jeu avait trop duré et nos parents se mirent d’accord pour que nous coupions les ponts. Ce fut net, il n’y eu plus jamais de contacts. Nous n’avons pas lutté, nous savions que nous n’étions pas de taille contre toute l’institution adulte. Ce n’est pas pour autant que ce ne fut pas dur, une petite partie de moi est morte ce jour là, ça a du lui faire le même effet je suppose.

Puis le temps a fait son office. Il fait tout oublier, il fait avancer et ça n’a pas loupé. J’ai grandie de mon côté, j’ai connu des garçons, je suis allée au lycée, j’ai couché avec un jeune homme, la fac, les histoires d’amour plus sérieuses, le job, l’histoire d’amour qu’on veut voir aller plus loin… Sans m’en rendre compte le temps s’est écoulé vite, trop vite et je me suis mariée, j’ai eu deux enfants, j’ai fait mon bonheur. Je l’ai oubliée, pas totalement car je m’amusais parfois à sortir cette anecdote comme quoi quand j’étais petite, tomber amoureux pour moi c’était avoir une jambe qui ne marchait pas bien. Ça faisait rire deux secondes et puis on passait à la suite.

C’est un événement particulier qui a fait remonter le souvenir exact dans ma mémoire. Je remplissais des papiers pour l’école de ma fille lorsque j’ai vu sur la feuille des parents d’élèves un nom familier. « Sabrina Hecker » Je n’étais plus tout a fait sûre de l’orthographe du nom de ma Sabrina mais mon cœur a quand même fait un bond dans ma poitrine. Ça ne devait sans doute pas être elle, si elle avait des enfants elle devait être mariée, elle aurait eu un autre nom… Mais le doute était là, je devais savoir. Je ne savais pas pourquoi c’était si important, mais il fallait absolument que je sache ! J’ai demandé à ma fille de se renseigner pour moi dans son école pour savoir qui était l’enfant de Sabrina Hecker. Elle a très bien joué son rôle de détective. Elle m’a montré de qui il s’agissait et mon cœur a de nouveau fait un donc dans ma poitrine. C’était elle. J’en étais sûre. C’était elle. Une trentaine d’années ne m’empêchait pas de la reconnaître, il n’y avait pas de doute même si elle n’avait plus de béquilles. Tout est remonté, un flot puissant de souvenir. Je ne suis pas allée la voir, j’ai eu trop peur. Peur de trop retomber dans le souvenir, peur parce que je me rendais compte que malgré mes deux enfants, malgré mon mari, je n’avais été qu’une seule fois réellement amoureuse. Etre amoureuse pour moi c’était simplement une histoire de jambe qui ne marchait pas trop bien. C’était une confusion de gamine qui avait dépassé le rêve…

I'm Back !

Je n'arrive même plus à me souvenir de ma dernière visite dans les parages.. Toujours est-il que ça remonte au moins à un an (ouais "au moins" c'est bien comme expression dans ce genre de situation...) J'ai bien eu l'envie de refaire une apparition l'année dernière, toute surprise que j'étais qu'une lectrice m'ait reconnue dans une boite homo (si elle passe par là d'ailleurs mes excuses si je n'ai pas été des plus bavardes, j'étais passablement bourrée, condition nécessaire pour me trainer dans ces endroits et mes amis n'hésitent pas à me servir des doses de vodka qui tueraient un Russe pour que la dite condition soit remplie !)

Bref je reviens maintenant ! Enfin revenir est un bien grand mot car soyons honnête ça fait belle lurette que je me suis lassée d'écrire des trucs ne mettant en scène que des homos. Toutefois j'ai, dans un petit coin de mon disque dur, deux ou trois nouvelles que je gardais sous la main et je me suis dit que je pouvais bien faire un tour sur le blog pour les partager avec vous ! (moment où la foule acclame ma bonté légendaire... "merci merci !")

A part ça je ne suis toujours pas drôle, j'ai quelques bougie soufflées de plus à mon actif, je me suis mise à peindre bien plus que j'écrivais, m'enfin j'ai un roman en construction dont je ne reserve la lecture qu'à mes proches, navrée...

 Je m'excuse du peu de visites que je fais sur ma boite mail, mais je tiens à vous remercier vous par contre car le blog n'a jamais été déserté par ses lectrices !

Dans le cas où je reviendrai plus tard et bien amusez vous bien en attendant ce moment là et dans le cas où ceci serait la dernière mise à jour, une bonne vie a toute !

Bonne lecture et j'espère que les nouvelles que je vais mettre vous plairont ! 

Val'

jeudi, 11 mai 2006

Cliché

« D’habitude le cliché ça ressemble à ça : le gars dans sa Mercedes, grosse voiture mais peu importe la marque au final la voiture on s’en fout, le but c’est juste que le gars croit qu’il peut impressionner avec alors qu’une fille s’en fout… Bref, la voiture, la cinquantaine et les cheveux gris. Un air à Clooney ou merde comment il s’appelle celui qui joue dans Pretty Women déjà ? Oui, Gere, c’est ça… Un petit je ne sais quoi de raffiner et il faut sentir l’expérience surtout derrière toute cette façade… Bon on a le gars, la fille maintenant. La fille elle a vingt ans… Non… on va être gentil… Vingt cinq. La fille on s’en fout, il faut juste qu’elle soit plus jeune. Là, c’est bon, on a le cliché !

Bon alors moi dans tout ça… Je ne suis pas le cliché ! Moi je m’apparente au cliché mais alors attention avec un souci d’originalité particulièrement soutenue ! Moi je suis cette fille dans la glace là qui se regarde et qui se parle toute seule…

Bon, au point où j’en suis, autant continuer quand même…

Moi je suis la fille, la minette de vingt-cinq ans. Sauf que moi j’en ai dix huit et pour arranger le tout, regarde, j’ai une tête de gamine… Bon passons… Moi je n’ai pas trouvé de Gere. Il faut avouer je n’ai pas cherché et puis ce que j’ai trouvé à la place je n’ai pas cherché volontairement non plus et heureusement parce qu’il aurait vraiment fallu être folle, oui, encore plus folle que le fait de parler toute seule devant la glace !

Ce que j’ai trouvé ça s’apparente au Gere, ça s’apparente au Gere parce que ça a le même age. Non… euh… non il doit être plus âgé, si elle entend ça elle risque de le prendre mal… Bon, mon Gere à moi elle a trente cinq ans et évidemment je dis elle parce que c’est une fille. Non, pas une fille : une femme ! C’est Ma Gere…

Alors le cliché en général n’est déjà pas très facile à vivre, mais alors le cliché il n’a pas à se plaindre ! Le cliché on ne lui a pas rajouté le sexe féminin en double, ni les gamins et encore moins cette espèce d’inversion bizarre des rôles, ou alors pas tout ça à la fois !

Il faut que je revienne sur l’inversion des rôles je crois… Bon pour faire court la Gere de ma relation est dans le salon là et on l’entend très nettement rire, de ce qu’on pourrait appeler de bon cœur, devant un teen-age movie américain pour adolescents boutonneux et oui, l’humour elle le trouve vraiment drôle… Tandis que la fille qui parle devant la glace, bien que cinglée sur les bords a tendance à trouver ça débile et ce qu’elle a délaissé pour cette conversation avec elle-même c’est un bouquin genre Spinoza… Tout ça fait bien sur très cliché, un autre genre de cliché, donc pour faire simple et en quelques mots : la gamine c’est elle !

On dirait que je me plains… Non, remettons les choses en ordre : je ne me plains pas, au contraire, aussi bizarre que ça y ressemble, je ne suis pas avec la Gere pour toucher un héritage, sinon trente cinq ans ça aurait fait un peu juste je crois… Non, justement le truc impressionnant c’est que malgré dix-sept ans d’écart il y a eu… on va utiliser un autre cliché : l’étincelle. Et puis c’était pas une étincelle de merde qui ne laisse que des braises, là il y a un feu énorme qui est parti, et peut-être même bien quelques feu d’artifice…

Tout ceci ne suffit peut-être pas à expliquer ce que je fais là devant la glace dans la salle de bain de ma Gere en train de parler toute seule alors que j’ai prétexté que j’allais aux toilettes… Alors à vrai dire et comme tout le monde le sait, un feu ça ne prend jamais sans fumée. Bon j’arrête les métaphores foireuses, en gros des fois on ne peut pas empêcher les problèmes ou les prises de tête. La dernière prise de tête en date elle ne ressemble pas à celle de d’habitude, elle est du genre intimidante plutôt. Dans la dernière prise de tête la Gere gamine s’est soudain réveillée pour devenir Gere adulte comme ça arrive parfois mais alors pas trop souvent quand même… Et biensur la Gere adulte a demandé à la fille qui parle toute seule quelque chose comme un adulte le demande parce qu’un adulte ça veut « se poser ». Bon, parfois les étudiants comme moi veulent se poser aussi et s’installer aussi avec leur copain ou copine mais souvent ça ne dure pas longtemps, un adulte souvent ça dure plus longtemps. C’est ce qu’on appelle du « vrai sérieux ». Ma Gere a demandé du vrai sérieux. Ma Gere m’a demandé de vivre avec elle et ses bambins. Moi, la fille de dix huit ans, encore étudiante, bientôt maman par procuration, en couple avec une femme qui a un ex-mari et moi dont les parents ne sont encore bien sur au courant de rien !

Eh bien moi j’ai promis que je donnais une réponse aujourd’hui.

La fille a réfléchi longtemps, très longtemps, d’ailleurs ça doit être pour ça qu’elle a viré folle et qu’elle parle à son reflet. Mais au moins la fille a prit une décision.

La décision c’est bête elle a peur de la dire à la Gere, pourtant c’est bête, stupide, complètement idiot, con, d’avoir si peur quand on veut dire un oui… »

 

 

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jeudi, 29 décembre 2005

Tentative...

« Je ne comprends pas pourquoi ça te dérange… Avec tes ex ne me dis pas que tu n’es jamais sortie avec d’autres couples ! » Par réflexe ma main vient s’écraser sur mon visage, ce n’est pas le genre de réflexe qui me fait une belle tête mais la signification je la connais parfaitement, sans être trop vulgaire c’est quelque chose du genre « Putain ça me gonfle ! » A nouveau je m’explique, une pointe d’énervement dans la voix… ça ne fera que la troisième fois… « C’est cette officialité qui me gène, on voit des amis okay, mais pourquoi parler de sortie couple ? Ca veut dire quoi d’ailleurs ! Merde on a vingt ans pas quarante alors je ne comprends pas ce besoin maladif que tu as de vouloir absolument sortir régulièrement avec d’autres couples lesbiens ! Pourquoi d’un seul coup il faudrait mettre tous nos amis célibataires de côté ? Je n’ai pas envie de voir des gens parce qu’ils forment un couple, si j’ai envie de voir des gens c’est tout simplement parce que j’ai envie de les voir eux ! » Ah nan… Pas le coup des yeux, elle me fait le coup des yeux, je déteste ça. Ce regard noir qui veut dire « Tu es en train de me blesser là tu t’en rends compte ? » et qui vous fait culpabiliser et entraîne forcément une concession de votre part pour sur le sujet du jour. Ça ne loupe pas, trente secondes plus tard je m’observe accepter : « Oh, c’est bon, okay, on y va ! », avec la voix particulièrement tendue de la fille qui sait déjà que sa soirée va être un calvaire… Qu’est ce qu’on ne fait pas quand on est amoureuse !

Je me laisse donc entraîner, mot d’ordre « ce n’est qu’un mauvais moment à passer ». Sourire forcé lorsqu’on voit les quatre autres filles arriver, la bise, le « comment ça va ? » histoire d’être polie… C’est dingue a six filles on se croirait presque dans un mauvais épisode d’Hélène et les garçons… sans les garçons et c’est bien dommage. En face de moi des caricatures vivantes, même ma chère et tendre se transforme lorsqu’elle est avec ces personnes pour devenir… Pour devenir… Lesbienne ! Oui c’est ça lesbienne et je déteste ça ! Je ne peux pas empêcher ma pensée d’aller a son gré sur le chemin du café. Je trouve ça affligeant : les hétéros ne sont pas caricaturés eux, les homos se caricaturent tout seul, un jour les hétéro ont dit que les gay devaient être les meilleurs potes des filles, qu’ils devaient avoir un côté féminin et voilà, tous les gays ou presque ont décidé de suivre ce modèle pour entrer dans le « mouvement homo ». Mouvement homo de mon cul ouais, quand est ce que les gens vont arrêter d’être con et comprendre qu’il faut simplement être soi ? La main d’Isa se glisse dans la mienne. Je la regarde en poussant un soupire et voilà que ça fuse, il paraît que je plombe l’ambiance, que je ne m’assume pas. Bah oui forcément les deux autres couples sont mains dans la mains depuis… Oula ! Je me demande même si elles ne sont pas nées comme ça… Je tente de me justifier « Quoi ? Ce n’est pas ma faute, je n’aime pas te tenir la main en marchant tu le sais très bien ! Désolée d’être heureuse simplement en marchant à côté de toi et de ne pas vouloir un contact physique permanent ! Et puis je ne l’ai pas lâchée ta main, j’ai juste soupirer… » Elle lâche ma main… Ah voilà, j’ai encore dit quelque chose qu’il ne fallait pas. Regard noir mais sur ce coup là elle ne m’aura pas, trop difficile de tenir un regard tout en marchant. Je regarde par terre… Heureusement que je n’ai pas rajouté le « Et puis moi contrairement à certaine je n’ai pas besoin de prouver à tout le monde dans la rue que je suis homo pour me sentir exister ! Je pense qu’à ce niveau là c’est peut-être moi au final qui m’assume le plus… » Non, définitivement ça aurait été une mauvaise chose de rajouter ça… Je nous observe, je nous trouve un air de… « convoi lesbien »… Pour tout avouer c’est assez désagréable. Je trouve cette façon de capter l’attention des passants assez malsaine… Non pas malsaine, stupide, puérile, débile et ridicule ! Je demande où l’on va. Réponse : nom de café lesbien, tiens je l’aurai parié ! Pourquoi on ne me demande jamais à moi de choisir l’endroit où se poser… Là tout de suite je me ferai bien un trip salon de thé victorien, ça aurait pu être marrant, mais autant dire que l’endroit où l’on va n’a rien a voir… Vive le DJ qui passera de la techno tellement fort qu’on ne s’entendra pas parler… Soudain une insulte fuse, « pétasses », « pouffiasses », « conasses » ou autre chose en asse, j’avoue que je n’ai pas fait attention immédiatement… Et la bande de gars sur le passage insiste, apparemment ils veulent vraiment nous faire comprendre « Les lesbiennes c’est dégelasses ! » Je souris, ça me fait plus rire qu’autre chose. Et puis c’est là que tout dérape. Tout le monde n’a pas la même réaction que moi. Une fois la bande loin, les filles devant nous protestent. Ah le moins qu’on puisse dire c’est que l’insulte ne leur a pas fait plaisir… J’écoute leur plainte avec attention, leur révolte contre les homophobes, contre ces cons qui les empêchent de vivre, d’être elles même au grand jour, ce ras le bol qu’on les considèrent différemment des autres êtres humains, que pourtant c’est de l’amour et donc que c’est magnifique ce qu’elles vivent, qu’elle voudrait que tout le monde connaisse ça… C’est le moment que je choisis pour arrêter de marcher. La main d’Isa, toujours agrippée à la mienne bien que cette dernière ne la serre plus, tente de m’entraîner en avant. Puis voyant qu’il y a un poids mort derrière, elle se retourne pour comprendre le problème. Les autres filles font de même quelques secondes plus tard. Le problème ? Je suis abasourdie. Je suis… totalement choquée et… non pas choquée, je ne trouve pas le mot… Je suis sur le cul ! Isa s’inquiète « Qu’est ce qu’il se passe ça ne va pas ? » Je réponds avec calme « Je trouve ça tellement débile… » Une des filles acquiesce : « Ne fait pas attention à ces types, ce sont des cons c’est tout… » Je fronce les sourcils et m’empresse de réparer la méprise : « Non, je ne parle pas des gars, enfin oui, effectivement c’était certainement des cons, mais là je parlais de vous… » « Quoi ? » collectif, même Isa l’a prononcé. « Mais vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Vous vous plaignez à tout bout de champ de l’intolérance et vous êtes les premières à traiter des gens qui ont dit quelque chose contre vous de cons. C’est de la tolérance ça ? » « Non mais attends, c’était des homophobes, on va pas se laisser faire ? » « Et pourquoi pas ? Tu sais si tu fais autant attention à tous les cons que tu rencontres ma pauvre tu n’as pas finit dans la vie ! Ces gens là ont un autre point de vu que toi mais entre vous vous faites la même chose : vous vous prenez pour des cons et je ne pense pas que d’un côté ou l’autre ça soit beaucoup plus intelligent… Tu me parle de tolérance ? Du fait qu’on te considère différemment ? Mais c’est toi qui te considères comme différente ! Regardez autour de vous nous sommes trois couples et seulement des homos ! Si ça ce n’est pas de l’intolérance envers les hétéros ! » « Mais attends, tu es en train de défendre les homophobes là ! » « Non, simplement je ne vous défends pas plus qu’eux ! Qui peut dire si au final ils n’ont pas raison d’ailleurs ? Peut-être que c’est une mauvaise chose les homos, c’est vrai après tout pour l’espèce on ne sert pas à grand-chose puisqu’on n’est pas capable de se reproduire, la vérité c’est qu’on saura qui aura raison seulement à long terme ! Bien sur je considère aussi que c’est idiot de penser ça, bien sur je suis pour un respect total entre les hommes, mais justement tous les hommes ça inclut aussi les homophobes ! Voilà c’est tout je trouve simplement idiot de les traiter de cons, c’est facile en plus ! » « Ah ? Parce qu’il aurait fallu faire quoi d’après toi ? » J’ai l’impression que cette fille va me sauter dessus tellement elle est énervée… « Discuter, instaurer un débat, essayer de leur faire comprendre votre façon de vivre et de penser… » « Parce que tu crois qu’ils nous auraient écouté ? » « Non, je ne pense pas, mais au moins vous auriez fait un premier pas vers eux et là vous vous seriez montré plus intelligentes qu’eux ! En les traitant de cons comme vous avez fait, au final vous avez exactement envers eux la même réaction qu’ils ont envers vous et qui vous fait tant enrager… » « Mais arrête on ne va pas se laisser insulter avec plaisir ! » Je soupire, elles ne comprendront jamais… Au moins j’aurai essayé, mais la révolution des esprits n’est pas prête à se faire. Cette discussion c’est un adieu à Isa, je ne réponds pas à la question et la laisse simplement avec ses amies tandis que je rentre chez moi, les mains dans les poches. Finalement la journée n’aura pas été si terrible…

 

 

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samedi, 26 novembre 2005

De l'art d'être célibataire...

« Et Aurélie ? » Ma réponse ne se fait pas attendre : « Non ! » « Sophie alors ? » « Non plus ! » Un nom de plus et j’explose… « Elise ? » « Non, non et un autre nom ça sera non aussi ! On croirait que je fais mes courses au supermarché à t’entendre ! » Il me regarde deux secondes puis hausse les épaules en lançant d’un air distrait : « Remarque ça ne serait pas mal, lesbianmarket, des lesbiennes à tous les rayons, allée 20 pour les lesbiennes branchées, les butch allée 12… » Je souris malgré moi. « Et toi là dedans t’es le vendeur du magasin qui hurle les avantages des produits en promo, juste à côté des caisses… » « Sympa pour les promos… Et que viennent faire les caisses là dedans ? » « Les promos sont très bien… Enfin très gentilles et tout mais… je ne sais pas… Et puis je n’ai tout simplement pas envie de passer à la caisse ! » « T’as vingt ans, heureusement que tu ne veux pas passer à la caisse ! Seulement ton problème c’est ça : les autres clientes, elles prennent une lesbienne en rayon, elles arrivent au bout de la rangée et puis finalement elles changent d’avis et elles la reposent pour en prendre une autre et puis ça recommence jusqu’au moment où elles trouvent la bonne lesbienne et là elles passent en caisse. Toi, tu te ballades dans les rayons, tu fais ta touriste, y’a des filles elles n’ont les moyens de s’offrir que des lesbiennes bas de gamme, toi tu peux choisir celle que tu veux sans problème, mais non, tu passes à côté d’elles, tu es même tellement indifférente que tu fais des faux mouvements et tu casses des cœurs sans le vouloir, sans avoir le temps de l’empêcher… Tu devrais essayer de prendre une des ces lesbiennes en rayon parfois… » J’ouvre la bouche à toute allure, contente de pouvoir enfin le contredire sur un point, parce que sur cette discussion je ne tiens absolument pas à ce qu’il ait raison ! « Faut qu’on arrête avec l’image du super marché ça devient lourd... Et au passage je sors avec des filles ! J’ai quand même eu plus d’une petite amie ! » « Et la dernière c’était quand ? » « Il y a dix mois. » Il me regarde avec insistance, comme si je devais voir dans ce que je viens de dire une révélation. Ne comprenant pas je demande : « Mais quoi ? » « Dix mois ! » « Et alors ? Attends, c’est loin d’être énorme dix mois ! Ce n’est pas parce que toi tu couches avec tous les mecs que tu rencontres et que, donc, tu as une nouvelles relation à peu près toute les dix sept minutes que les gens qui ne pratiquent pas le sexe à outrance sont anormaux. Je ne suis pas anormale parce que je n’ai pas de relations sans lendemain ! » « Okay, je ne critique pas le fait de n’avoir que des relations sérieuses, chacun son truc, mais il n’empêche que tu n’as pas eu de relations tout court, sérieuse ou non, depuis dix mois. » « Et ? » « Et regarde toi ! T’es peut-être pas un top model mais tu fais fondre toutes les filles, une fille comme toi qui reste aussi longtemps toute seule ce n’est pas du tout normal ! » « Bah chacun son truc comme tu dis ! » « Ton truc c’est le célibat ? » « Peut-être bien ! » « Je te connais trop, je ne te crois pas ! Dis moi des avantages du célibat ? » Merde, ça je n’avais pas prévu d’en chercher, il a commencé à me piéger : j’hésite quelque secondes. « Bah… Euh… T’es tranquille tout simplement, pas de contrainte, de jalousie excessive, d’effort chiants à fournir pour satisfaire quelqu’un qui ne remarque pas le dit effort une fois sur dix… » Je déteste ça parce que là je pressens déjà qu’il va réussir à me faire dire une vérité sur moi que, quelqu’elle soit, je n’aurai pas envie de sortir ! « Oui donc c’est ce que je dis, tu n’aimes pas le célibat ! » « T’as écouté ce que je viens de dire ? » Il se penche en avant et s’accoude à la table du café : « Ce que tu viens de dire et ce que tu me racontes depuis le collège... Tu sais toi-même que justement ce que tu aimes dans une relation c’est le fait que c’est compliqué, c’est la jalousie excessive, ce sont les engueulades pour une broutille et tout ce qui s’en suit ! Quand c’est trop calme tu t’ennuies et tu fend le cœur de la pauvre fille du moment ! Tu aimes tes relations lorsque tu es dedans parce que, justement, c’est fort et puissant, et là tu me dis que tu aimes le célibat parce que c’est le contraire ? Je ne te crois pas. » Je me tais, il a raison et si je réponds encore et que je m’enfonce je vais me trouver stupide… Il continue « Ce que je veux bien croire c’est que ton célibat tu le choisit. Mais je veux comprendre pourquoi ? Pourquoi tu choisis quelque chose que tu n’aimes pas ? » La question est certainement trop directe, ça me bloque. Il m’énerve parfois à me connaître mieux que moi-même ! Je tente de ne pas réfléchir à ma réponse et de simplement laisser aller les mots, je serai certainement plus honnête de cette façon… « D’accord, j’avoue que parfois mon célibat me pèse, en règle générale, je t’assure, il ne me dérange pas, je ne suis pas totalement bien dedans mais je ne suis pas mal non plus et ça me suffit. » « En règle générale… » « Laisse moi finir ! En règle générale, parce que oui, quand je me glisse sous ma couette le soir, dans un lit glacé et absolument seule, oui, j’ai besoin de penser à quelqu’un, je voudrais que quelqu’un soit simplement là avec moi, mais il n’y a jamais personne et c’est très désagréable… » « Alors pourquoi tu ne te trouves pas quelqu’un, tu pourrais… » « Parce que je suis super difficile, parce que tu l’as dit, je veux quelqu’un ave qui je peux avoir une relation conflictuelle, c’est comme ça que je suis capable d’aimer et véritablement aimer. Je ne dois m’embêter jamais. Ce genre de personne ne se trouvent pas facilement, alors je ne préfère même pas chercher, disons que si j’en rencontrais une mes idées de célibat s’envoleraient certainement aussitôt, mais non, je ne peux pas en trouver une comme ça facilement… » « Parce que tu attends qu’elle te tombe dans les bras ! Cherche la aussi ! » « Non, ça ne va pas non plus, je veux éviter de rencontrer cette personne tant que je peux… » « Là j’avoue, j’ai du mal à te suivre… » « Je sais, je suis trop compliquée ! Non, en fait c’est simple je veux une relation conflictuelle mais quel est le problème d’une relation conflictuelle ? C’est que d’un côté je porte un amour de dingue et d’un autre, revers de la médaille, dans ce genre de relation je finis toujours par souffrir comme une folle ! L’amour ne vient pas sans la souffrance alors à la fois j’en ai envie et à la fois pas du tout, c’est pour ça que je ne cherche pas, disons que si ça arrive je me laisserai emporter, si ça n’arrive pas bah je ne le provoquerai pas non plus. Je ne suis responsable de rien tu vois, c’est en fonction de ce que je rencontre sur mon chemin. Je ne choisis pas l’absence de souffrance et d’amour tout comme je ne choisis pas la souffrance et l’amour. Le choix est trop dur, je le laisse au destin… » « Tu ne crois pas au destin… » « Des fois ça m’arrange quand même bien… » Il fait sa tête de pensif, comme si il analysait tout ce que je viens de dire pour le mettre dans le dossier à mon nom qu’il garde précieusement dans sa tête. Enfin, après un certain temps, il plonge ses yeux dans les miens. « D’accord ! J’ai comprit ! Mais si jamais tu changes d’avis j’ai quelques promos sous la mains pour toi, j’en connais même une à la limite du sado masochisme si c’est assez compliqué pour toi ! » Je souris tout en soupirant puis lui réponds avec ironie : « J’espère que je vais pouvoir m’en passer… »

 

 

 

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