mercredi, 11 juillet 2007
Rendez vous
Je suis en retard, je suis toujours en retard mais à chaque fois pourtant ça m’étonne, comme si j’avais pu l’éviter. Moi, éviter d’être en retard, moi la fille a qui on dit deux heures et demi pour être sur de me voir à trois ! Je ne l’ai pas prévenue que je risquais d’être en retard, évidemment pour moi c’était sur, cette fois je serai à l’heure… et pourtant… Mais elle a attendu. Elle est là. Exactement à notre lieux de rendez vous. Moi, je suis morte de peur.
Je crains toujours ce moment, quand on rencontre quelqu’un pour la première fois dans ce genre de rendez vous. Ce qui se passe est très prévisible, elle m’a vu elle aussi, on s’est reconnues immédiatement. Ça aurait certainement été plus amusant qu’on se cherche et soudain qu’on se rende compte qu’on était l’une à côté de l’autre sans nous voir, comme « hop tiens, surprise ! », mais non, nous nous sommes reconnues. Il faut dire qu’avec les appareils photos numériques, les web-cams, aujourd’hui il y a peu de chance de ne plus reconnaître son interlocuteur dans la rue, on a déjà pu décortiquer son visage sous toutes ses formes !
Dès ce moment on ne se lâche pas des yeux, peut-être parce qu’il n’y a pas de retour en arrière, jusqu’ici je pouvais éviter le rendez vous, maintenant c’est finit, il faut aller jusqu’au bout. Que ce passerait-il si j’enfreignais la règle, que je me retournais là tout de suite, et partais en courant ? Est-ce qu’elle tenterait de me rattraper ? Est-ce qu’elle resterait plantée là, paralysée par la surprise ? De toute façon l’idée de m’enfuir me fait encore plus peur que celle d’avancer donc hue cocotte !
Après les yeux, le sourire. Ce n’est pas un sourire qui veut dire « je suis contente de te voir », enfin si, en partie, si ce n’était pas le cas je ne serai pas là… Mais c’est avant tout un sourire de gène, je suis nerveuse alors je souris comme une bien heureuse. Je ne sais pas si c’est pour la même raison mais de son côté elle fait pareil…
Je vis la scène à l’avance, on va se rapprocher inévitablement, il va y avoir un boum, un rentre dedans, en bref la bise où pendant quelques dixièmes de seconde on va à la fois faire une pause car on ne se regardera plus et à la fois tout provoquer par un premier toucher.
C’est après que la vraie complication arrive, enfin non, il y a encore une pause, une pause minuscule, une pause d’habitude, c’est le « Salut comment ça va ? Bien et toi ? Ca va. » Maintenant ça commence, ça commence vraiment, c’est la vraie vie ! Qu’est ce qu’on se raconte ? Parce qu’on ne peut pas se contenter de se regarder, de se dévisager, de se tourner autour, il faut une discussion et il faut en plus que ça dure tout le long du rendez vous. Il ne faut surtout pas penser « Merde j’aurai mieux fait de rester chez moi » ni le faire penser à l’autre.
Sur internet tout semble plus facile, on peut vraiment réfléchir avant de donner une réponse à une question, là ça ne se passera pas comme ça ! Il n’y a aucune assurance pour que nos discussions soient aussi intéressantes ! La rencontrer c’est peut-être tout gâcher…
Elle propose d’aller boire un verre et l’on se pose autour d’une table de café. La discussion est finalement partie, des banalités pour le moment, mais ça va certainement évoluer. On ne peut pas dire que je sois très à l’aise, je suis en train de me dire que j’aurai du l’inviter à une soirée entre potes, ça aurait été plus facile. Mais c’est trop tard.
J’en profite entre deux réponses ou deux questions pour la regarder. Elle est encore plus mignonne qu’elle ne le paraissait sur le net et ça c’est vraiment une surprise, les jolies filles n’ont que très rarement besoin d’aller sur des chats homo pour se trouver quelqu’un. Je suis tombé sur une exception et je veux creuser plus loin !
Nous avons dépassé la première étape : il y a des blancs dans notre discussion mais ils sont très peu nombreux. On s’applique, elle me plaît, je lui plais certainement. On n’a peur de tout faire foirer, ça peut arriver si vite ! Il faut plaisanter mais juste assez, être sérieuse mais juste assez, raconter sa vie mais juste assez, poser des questions sur l’autre mais juste assez ! Tellement de mais juste assez et qui s’ajoutent en plus à l’attention porté à son propre verre, qu’il ne faut pas descendre trop vite parce qu’on n’a pas assez de sous pour payer trois conso et que on s’imagine déjà qu’à la fin on proposera de lui offrir la sienne ! Tout ça ça ne laisse pas beaucoup de chance à une relation, il faut tellement de hasard pour être ensemble qu’on se demande comment on peut encore former des couples…
Il y a une personne sur dix qui est homosexuelle selon les statistiques, donc dix pourcents de dix pourcents puisque nous sommes deux, divisé encore par la probabilité qu’on soit dans la même ville, qu’on ait internet, qu’on soit célibataire et remise de nos anciennes relations, qu’on ait le même age ou presque, qu’on se plaise physiquement, mentalement, et je m’arrête là parce que la réponse avoisine déjà bien le zéro. Et pourtant nous en sommes déjà là, à boire un café. Sortir ensemble serait un miracle mais c’est fou : ça peut arriver ! Je ne comprends toujours pas le mécanisme mais tant pis, je me laisse porter !
L’après midi avance, il avance vite, c’est toujours le cas avec les bons moments. Les verres sont finis depuis un moment mais personne n’en recommande. Elle aussi veut peut-être payer l’adition… J’aimerai soudain que tout aille plus vite, faire un bond dans le temps, allez mince, fini la mascarade, qu’on finisse de s’appliquer, je veux savoir comment elle sera lorsqu’on sera ensemble si cela se fait. Est-ce qu’elle m’empêchera de dormir avec ses ronflements ? Est ce que j’aurai le droit à des scènes terribles de jalousie ? Est-ce qu’elle sera pleine de ces petits défauts qui irritent en même temps qu’ils forcent à dire « oh c’est trop mignon » ?
Je veux savoir, tellement savoir, tout savoir d’elle en réalité et à la fois… non ! Non c’est trop bon cette découverte, cette indécision, cette ignorance, ce jeu de séduction auquel on s’adonne d’un accord commun et implicite…
Je l’observe encore, elle sourit. Un ange passe… ce connard a du, d’un battement d’aile, provoquer un courant d’air qui a envoyé une saleté dans mon œil ! Ah je n’y vois plus rien je suis aveugle ! Je me frotte la paupière comme je peux espérant que ce qu’elle retient va en tomber mais c’est pure perte ! Elle propose de m’aider, j’accepte à regret, il y a plus séducteur que d’ouvrir ma paupière pour lui montrer l’intérieur de mon œil… Elle s’applique à enlever la poussière, me demande si je vais mieux, j’acquiesce mais elle propose tout de même un bisous magique. Je n’ose pas répondre que j’en meurs d’envie, je souris, simplement gênée… L’autre ange qui passe lui ne fait pas de bourde…
Je sais qu’il commence à se faire tard. J’aimerai passer le reste de la soirée avec elle mais les choses iraient trop vite, ça gâcherait presque tout. A défaut de ne pouvoir attendre plus longtemps je lui propose un rendez vous demain et elle s’empresse d’accepter.
Nous nous disons au revoir sur le coin d’un trottoir, échangeons une bise un peu poussée puis partons chacune de notre côté, non sans avoir tenté encore quelques brins de conversation, histoire de se quitter moins vite.
J’ai des étoiles dans les yeux, les lèvres remontées jusqu’aux oreilles. Je penserai à elle toute la soirée…
18:47 Publié dans 6. les nouvelles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note















Commentaires
j'ai parcouru certaines de tes histoires et je suis bluffée ! non seulement tu as un talent d'écrivain mais tu "touches" là où il faut car elles sont authentiques !! J'ai beaucoup aimé celle qui s'intitule "séduction" car j'ai vécu la même histoire...
Merci pour ces belles évasions pleines d'émotions
Ecrit par : joy | mardi, 05 août 2008
j'ai oublié de te laissé mon blog
Ecrit par : joy | mardi, 05 août 2008
Très jolis textes !
très vrai.
Celui-ci m'a fait sourire, ta description de la phase de séduction, la première, celle de la rencontre, de la découverte. Ma préférée !
au plaisir...
Ecrit par : Mrs Dalloway | jeudi, 23 octobre 2008
Bravo ! Je viens de découvrir ton blog. Cette rencontre est vraiment bien rendue. On s'y croirait ! Merci :-)
Ecrit par : Axelle Stéphane | lundi, 06 juillet 2009
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