mercredi, 11 juillet 2007
Ivresse
Un regard, trois mots échangés, quelques gestes. Je sais. Au plus profond de moi quelque chose fait tilt, je sais. Je la veux. Ce n’est pas un caprice, ce n’est pas une envie, c’est un besoin. L’alcool a peut-être aidé et laissé dans son passage la facilité au besoin de s’installer. Mais le besoin est là et je ne peux l’ignorer.
Si ce n’est pas ce soir ce ne sera jamais. Ça ne peut pas être jamais. Je ne peux pas rentrer avec ma gueule de bois, m’allonger dans mon lit, voir les murs danser et dessiner des arabesques folles, je ne peux pas m’endormir et simplement rêver. Si je ne l’ai pas ce soir il manquera une étape. Demain ça n’aura pas d’importance si je ne l’ai pas eu, mais jusqu’à demain il est important que les choses se fassent dans l’ordre.
Sinon ? Sinon j’en meurs. Pas au sens propre ou si un peu. Je meurs, mon moi de ce soir sera mort et demain personne ne se rendra compte de sa disparition, moi ce soir a besoin de vivre encore et pour vivre moi a besoin d’elle.
J’essaie de suivre mon propre fil, mon cerveau se fait la male mais j’ai encore besoin de lui. Qu’il ne me lâche pas.
Elle ne sait pas. Elle ne sait rien. Moi non plus je ne sais plus bien. La Vodka est une de ces traîtresses d’amies, l’ivresse et ses conséquences. Je suis ivre mais je ne suis pas conséquente. Conséquent, qui agit avec logique. D’habitude je suis intelligente, mais qui a besoin d’être intelligente dans un bar lesbien ? J’ai simplement besoin d’avoir bu. J’ai besoin aussi d’être jolie. Ca je le suis. J’ai besoin qu’elle soit futile. Ça je ne sais pas.
Je la regarde. Je ne vois pas flou. On voit rarement double quand on a bu, ça arrive, ça m’est déjà arrivé, mais là ce n’est pas le cas. Je contemple, pleinement consciente ou du moins avec tout ce qu’il reste de conscience. J’observe. Je mate dirait certains, je déteste ce mot, je ne mate pas. C’est laid. De l’extérieur… car je peux me voir de l’extérieur sinon à quoi servirait d’être saoule, j’ai un regard de prédateur mais le cliché a été trop de fois mal utilisé pour que vous vous fassiez une bonne image de la chose. N’imaginez rien alors. Je la regarde sans la lâcher des yeux c’est tout.
J’ai envie d’elle. C’est vulgaire. Ce n’est pas vulgaire d’avoir envie de quelqu’un mais dans ce cas précis c’est vulgaire. Je vois la porte des toilettes aussi, j’imagine la cabine, j’imagine son corps pressé contre le mien, le dos au mur. Ce n’est pas de l’amour, ce n’est même pas joli, coucher avec quelqu’un sur des graffitis, sur des « Josianne est passée par ici le 5 février 2001 », faire l’amour au même endroit que Josianne dans un truc tout sale c’est vulgaire. Surtout que je pense au graffiti de Josianne sans fautes de grammaire mais qu’elle en aura fait à tous les coups. Faire l’amour sur des fautes c’est moche mais ce soir j’en ai envie.
Elle est jolie. Trop jolie justement, c’est pour ça que j’ai envie d’elle vulgairement. Je m’imagine aller jusqu’au bar, traverser la foule avec un pas indifférent et lent, très lent. Comme si chacun de mes pas sur le sol faisait un Bouuum, comme dans un ralenti de film. Cette scène ne peut que se passer au ralenti avec un gros plan sur mes pieds et un gros plan sur mon visage passés en alternance. Mon visage serait incliné vers le bas, mais on verrait bien mes yeux, ça me donnerait un air méchant mais le public adorerait. Je m’arrêterai devant elle. Je ne dirai rien. Personne ne ferait attention, on était en train de lui parler ? Qu’importe ! Elle n’écoute déjà plus. Elle sourit, elle sourit juste d’un côté, elle sourit et elle me fixe. Je lui tends la main, elle la prend. Ses amies ? On s’en fout, elles ne font pas attention, elle la laisse partir avec l’inconnue que je suis. Elles ont oublié qu’elle existait, tout le monde a oublié qu’on existait. On existe simplement par l’intensité du regard de l’autre. Mais je romps ce lien, je me retourne et elle se lève, sa main toujours prisonnière de la mienne. Elle me suit. Docile. J’ouvre la porte des toilettes…
« Camille ! »
Je lève la tête.
« Camille on y va ! »
Ils mettent déjà leur manteau.
Je la regarde. Et puis merde !
« J’arrive ! »
18:45 Publié dans 6. les nouvelles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note















Commentaires
Je trouve ton blog trés sympa. Trés beau texte et jaquettes superbes pour un travail de qualité. Tes histoires sont agréables à lire... Bravo ! Viens jeter un coup d'oeil sur le mien, pour celles qui aiment les belles histoires d'amour, où des femmes belles et innocentes se retrouvent mêlées à des intrigues torrides et découvrent pour la 1ére fois leur attirance pour une autre femme ! http://nickygloria.unblog.fr/
Bises et amitiés
Ecrit par : Nadia | lundi, 19 novembre 2007
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