mercredi, 11 juillet 2007

Flou

« Alors ? »

« Alors c’est finit »

Je glisse le long du mur pour m’asseoir à même le sol. Il y a un silence puis soudain comme un réveil intérieur qui le pousse à dire quelques mots, n’importe quels mots, juste parler, parce qu’il sait que j’en ai besoin.

« Je suis désolé… Ca va aller ? »

Il touche directement le point bizarre, celui qui me gratte. Une relation de plus d’un an, la plus longue que j’ai jamais réussi à avoir jusqu’ici et tout ça pour en arriver là. Ce là je ne sais pas ce qu’il est, c’est comme une période hors du temps, là c’est la bonne image de la lesbienne qui confie ses problème à son meilleur pote gay mais qui en fait ignore totalement où elle en est.

« Je ne réalise pas encore. »

Et ça c’est un problème, un problème de taille. Je ne vais pas bien… sauf que je ne vais pas mal ! Mais après ? Après quand je vais réaliser qu’elle n’est plus là. Non, même pas elle en fait, quand je vais réaliser que là où se trouvait sa brosse à dent il n’y a plus rien, plus de sèche cheveux qui marchait vu que le mien était en panne, plus de choix entre son gel douche et le mien lorsque je me lave, plus d’affaires à elle qui sèche au dessus de la baignoire… Et encore je ne parle que de la salle de bain... Que va-t-il se passer quand je vais me rendre compte que le chez moi que j’avais un peu laissé se transformer en chez nous est redevenu un chez toute seule ?

« Ca va être dur pendant un moment mais après tout rentrera dans l’ordre dans ta tête. »

Est-ce que j’ai vraiment envie d’entendre ça ? Un « ça ira mieux demain  » ? Bien sur que demain ça ira mieux ! J’ai été plaqué mais pas parce que je suis conne, je sais très bien tout ça, j’ai dix-neuf ans, c’est évidant que je vais oublier, me retrouver quelqu’un, me faire jeter ou rejeter encore, et même la prochaine ne sera pas la dernière ! J’ai toute ma vie devant moi, je suis au courant, je n’ai jamais espéré réellement finir ma vie avec elle d’ailleurs ! Seulement moi là tout de suite j’étais très bien en sa compagnie, et même si le bout de chemin que je m’étais imaginé partager n’était pas aussi long que ceux qui se disent « Je le veux », il était tout de même plus long que ce bout de chemin ridicule où elle m’a laissée en rade… Que ça passe je m’en fous ! Moi je veux juste une promenade plus longue…

« Putain quelle merde ! »

Il soupire, pas très sur de ce qu’il doit dire certainement. Peut-être aussi parce que tout comme moi il a déjà vécu ça et qu’il sait très bien que soi qu’il dise au final lorsque je raccrocherai je vais me sentir plus seule que jamais.

« Quelles sont ses raisons ? »

J’ai un rire nerveux incontrôlable.

« J’en sais rien ! »

« Comment ça ? »

« J’ai paniqué. Je ne pouvais pas en discuter tout de suite, c’était trop frais. Elle m’a dit que c’était finit, que j’avais du le sentir arriver. J’ai acquiescé. Elle m’a dit que ses sentiments étaient partis, elle m’a demandé si je comprenais et j’ai dit oui. J’ai dit oui mais en fait je ne comprends pas, je ne veux pas comprendre. Ca a mit un terme à la discussion et ensuite on a parlé d’autre chose comme si les quelques phrases dites plus tôt n’étaient qu’un rêve… »

« Tu vas essayer de lui en reparler ? »

« Comment savoir ce que je dois faire ? Est-ce que je dois la revoir ? L’éviter ? Essayer de la récupérer ? Ressortir avec quelqu’un le plus vite possible ? La rendre jalouse ? Est-ce que je dois savoir les raisons, est ce que ça me servira vraiment à quelque chose ? C’est finit de toute façon, les raisons quelles qu’elles soient ne changeront pas ça ! »

« Tu n’arriveras jamais à ne réagir que d’une seule manière, là tu ne veux pas savoir, dans quelques heures tu lui enverras un texto pour lui demander. Quand elle te proposera de venir te voir tu refuseras et finalement tu accourras dès qu’elle te demandera autre chose. Tu vas avoir envie de la détester alors que tu l’aimes, tu vas avoir envie de lui faire du mal mais tu en seras incapable alors tu vas essayer de faire au mieux et tu vas avoir l’impression de la gêner…. Ca n’en finira pas de changer, le plus important c’est que tu évites au maximum de te faire trop mal. »

« J’ai pas envie de devenir barge parce que je me suis faite plaquée ! »

« Dis-toi que t’en a fait devenir dingue plus d’une aussi… »

« Ah oui c’est vrai le juste retour des choses, c’est le karma… »

« Je ne dis pas que c’est juste, seulement c’est notre lot à tous… »

« Alléluia, on doit tous passer par le stade des schizophrènes de la rupture ! »

Il se tait. Je me calme.

« Désolée… ça commence déjà, me voilà hystérique… »

« Ca te rends plus intéressante que si tu t’enfermais chez toi avec un pot de pâte à tartiner au chocolat ou un pot de glace… »

« Je pensais que je pouvais le faire après avoir raccroché à vrai dire… Mais la vérité c’est que je ne peux rien avaler, rien ne passe j’ai une boule énorme à l’estomac… Tu sais je suis plus énervée par la perspective d’attendre pour m’en remettre que du fait de m’être faite plaquer… Je suis mal à l’idée d’être mal pour une durée indéterminée… Je sais déjà ce qui m’attend pour l’avoir déjà vécu : je vais me réveiller le matin je vais penser à elle, c’est la phase numéro un, puis ensuite phase numéro deux : je ne pense à elle pas juste en me levant, mais un peu après. Phase trois et toutes celles qui s’en suivent : le moment où je vais penser à elle sera de plus en plus tard jusqu’au jour où je ne penserai pas à elle de toute la journée et là ça ira mieux. »

« Tu seras en manque avant ! »

« Tu sais je suis déjà en manque ! Mais pour aller dans ton idée disons que je me trouve quelqu’un, c’est vrai, c’est une bonne solution pour oublier quelqu’un d’autre mais ce n’est pas aussi simple que ça. Il faut trouver une autre personne juste au bon moment, quel est le stade à dépasser pour que ça ne ruine pas l’histoire ? Parce que si je m’y prends trop tôt c’est l’autre que je vais avoir dans la tête, je ne pourrai pas tomber amoureuse de la seconde. Sortir avec quelqu’un maintenant pourrai gâcher une histoire avec une nouvelle fille ! Tu me suis ? »

« Je crois… »

« La seule idée à retenir en fait c’est que je vais devoir attendre. »

« Attendre quoi ? »

« Bonne question… Qu’est ce qu’on attend quand on sort d’une rupture ? Pourquoi est ce qu’on attend toujours quelque chose ? Pourquoi on ne se laisse pas porter sans rien attendre ? »

« Tu sais que tu commences à dire un paquet de conneries ? »

Je ris et mes lèvres se reposent en un sourire.

« Oui, je sais… »

Petite pause dans le dialogue puis il reprend d’une voix sérieuse :

« Tu veux que je viennes ? On ne parlera pas d’elle. On fera comme si elle n’avait été qu’un mot dans une phrase, à peine prononcé et hop déjà parti et oublié. Elle n’a jamais existé et pour s’en convaincre on va se poser dans ton canapé, regarder la télé, s’abrutir devant un feuilleton débile et t’offrir une pause dans ton attente… »

« Je prépare une deuxième cuillère… »

Commentaires

Enfin! Merci.
La rupture... C'est drôle comme ça peut être tout ou rien.

Ecrit par : Mary | dimanche, 22 juillet 2007

Marrant (enfin pas du tout en fait), mais je n'aurais pu lire cette nouvelle à un meilleur moment.

Moi aussi j'ai peur de ce qui va arriver. Mal à l'idée d'être mal. Tu as vraiment mis les bons mots sur ça. C'est je crois la melleure qualité que peut avoir un écrivain : mettre les mots juste sur ce que tout le monde ressent.

Merci.

Ecrit par : Ankou | lundi, 17 septembre 2007

ça faisait longtemps que je n'étais pas venue sur ton blog pour lire tes textes. Plus d'un an, je crois... le plus étonnant est peut-être que je n'ai pas oublier l'adresse.
ça ne vaut pas grand chose mais je trouve que tu as bien évolué, une profondeur et le ton juste, beaucoup plus...
Enfin voilà...

Ecrit par : lépocradic'h | samedi, 27 octobre 2007

Bonjour,
2008 est arrivé, je laisse ici mon premier commentaire de l’année dans ton blog, un message qui te dira que je forme pour toi plein de vœux qui riment avec merveilleux. Mille bonnes choses à toi pour cette année. Que la santé soit là et qu’elle te serve de socle pour construire ! Construire de nouveaux projets mais aussi de belles amitiés. Que la santé te serve de support pour découvrir des mondes que tu rêves de connaître depuis longtemps ! Que tu ne te sentes jamais dans la solitude que lorsque tu en manifesteras le désir. Que la surprise égaie tes jours et illumine ton existence ! Que 2008 te voit au comble du bonheur, c’est mon vœu le plus cher.

Ecrit par : Pierre | mercredi, 02 janvier 2008

salut jaime bien ce que tu ecri je voulais savoir si tu areté le site ou si tu le continué? merci

Ecrit par : a | vendredi, 23 mai 2008

Incroyable... Y a pas de hasard ! J'avais l'impression de lire mon histoire ici, c'est exactement ce que je vis en ce moment. Sauf que moi, j'ai 32 ans et que ça faisait 15 ans qu'on était ensemble.
Merci, te lire me permets de me sentir moins seule dans mes réflexions.

Ecrit par : Anne | lundi, 08 septembre 2008

Bonjour,

Je viens de lire votre commentaire sur mon blog. Je tenais dans un premier temps à m'excuser d'avoir publiée une de vos nouvelles sur mon blog, je ne savais pas que ce texte était protégé.
Ensuite je tenais à vous dire que j'adore votre façon d'écrire, j'ai lu entièrement votre blog "Homosapienne" et j'ai adoré.
Donc bravo pour vos nouvelles qui sont excellentes et encore toutes mes excuses, l'article vient d'être supprimé.
Cordialement.

Ecrit par : Sandra | mercredi, 06 mai 2009

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