jeudi, 11 mai 2006
Cliché
« D’habitude le cliché ça ressemble à ça : le gars dans sa Mercedes, grosse voiture mais peu importe la marque au final la voiture on s’en fout, le but c’est juste que le gars croit qu’il peut impressionner avec alors qu’une fille s’en fout… Bref, la voiture, la cinquantaine et les cheveux gris. Un air à Clooney ou merde comment il s’appelle celui qui joue dans Pretty Women déjà ? Oui, Gere, c’est ça… Un petit je ne sais quoi de raffiner et il faut sentir l’expérience surtout derrière toute cette façade… Bon on a le gars, la fille maintenant. La fille elle a vingt ans… Non… on va être gentil… Vingt cinq. La fille on s’en fout, il faut juste qu’elle soit plus jeune. Là, c’est bon, on a le cliché !
Bon alors moi dans tout ça… Je ne suis pas le cliché ! Moi je m’apparente au cliché mais alors attention avec un souci d’originalité particulièrement soutenue ! Moi je suis cette fille dans la glace là qui se regarde et qui se parle toute seule…
Bon, au point où j’en suis, autant continuer quand même…
Moi je suis la fille, la minette de vingt-cinq ans. Sauf que moi j’en ai dix huit et pour arranger le tout, regarde, j’ai une tête de gamine… Bon passons… Moi je n’ai pas trouvé de Gere. Il faut avouer je n’ai pas cherché et puis ce que j’ai trouvé à la place je n’ai pas cherché volontairement non plus et heureusement parce qu’il aurait vraiment fallu être folle, oui, encore plus folle que le fait de parler toute seule devant la glace !
Ce que j’ai trouvé ça s’apparente au Gere, ça s’apparente au Gere parce que ça a le même age. Non… euh… non il doit être plus âgé, si elle entend ça elle risque de le prendre mal… Bon, mon Gere à moi elle a trente cinq ans et évidemment je dis elle parce que c’est une fille. Non, pas une fille : une femme ! C’est Ma Gere…
Alors le cliché en général n’est déjà pas très facile à vivre, mais alors le cliché il n’a pas à se plaindre ! Le cliché on ne lui a pas rajouté le sexe féminin en double, ni les gamins et encore moins cette espèce d’inversion bizarre des rôles, ou alors pas tout ça à la fois !
Il faut que je revienne sur l’inversion des rôles je crois… Bon pour faire court la Gere de ma relation est dans le salon là et on l’entend très nettement rire, de ce qu’on pourrait appeler de bon cœur, devant un teen-age movie américain pour adolescents boutonneux et oui, l’humour elle le trouve vraiment drôle… Tandis que la fille qui parle devant la glace, bien que cinglée sur les bords a tendance à trouver ça débile et ce qu’elle a délaissé pour cette conversation avec elle-même c’est un bouquin genre Spinoza… Tout ça fait bien sur très cliché, un autre genre de cliché, donc pour faire simple et en quelques mots : la gamine c’est elle !
On dirait que je me plains… Non, remettons les choses en ordre : je ne me plains pas, au contraire, aussi bizarre que ça y ressemble, je ne suis pas avec la Gere pour toucher un héritage, sinon trente cinq ans ça aurait fait un peu juste je crois… Non, justement le truc impressionnant c’est que malgré dix-sept ans d’écart il y a eu… on va utiliser un autre cliché : l’étincelle. Et puis c’était pas une étincelle de merde qui ne laisse que des braises, là il y a un feu énorme qui est parti, et peut-être même bien quelques feu d’artifice…
Tout ceci ne suffit peut-être pas à expliquer ce que je fais là devant la glace dans la salle de bain de ma Gere en train de parler toute seule alors que j’ai prétexté que j’allais aux toilettes… Alors à vrai dire et comme tout le monde le sait, un feu ça ne prend jamais sans fumée. Bon j’arrête les métaphores foireuses, en gros des fois on ne peut pas empêcher les problèmes ou les prises de tête. La dernière prise de tête en date elle ne ressemble pas à celle de d’habitude, elle est du genre intimidante plutôt. Dans la dernière prise de tête la Gere gamine s’est soudain réveillée pour devenir Gere adulte comme ça arrive parfois mais alors pas trop souvent quand même… Et biensur la Gere adulte a demandé à la fille qui parle toute seule quelque chose comme un adulte le demande parce qu’un adulte ça veut « se poser ». Bon, parfois les étudiants comme moi veulent se poser aussi et s’installer aussi avec leur copain ou copine mais souvent ça ne dure pas longtemps, un adulte souvent ça dure plus longtemps. C’est ce qu’on appelle du « vrai sérieux ». Ma Gere a demandé du vrai sérieux. Ma Gere m’a demandé de vivre avec elle et ses bambins. Moi, la fille de dix huit ans, encore étudiante, bientôt maman par procuration, en couple avec une femme qui a un ex-mari et moi dont les parents ne sont encore bien sur au courant de rien !
Eh bien moi j’ai promis que je donnais une réponse aujourd’hui.
La fille a réfléchi longtemps, très longtemps, d’ailleurs ça doit être pour ça qu’elle a viré folle et qu’elle parle à son reflet. Mais au moins la fille a prit une décision.
La décision c’est bête elle a peur de la dire à la Gere, pourtant c’est bête, stupide, complètement idiot, con, d’avoir si peur quand on veut dire un oui… »
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