samedi, 26 novembre 2005
De l'art d'être célibataire...
« Et Aurélie ? » Ma réponse ne se fait pas attendre : « Non ! » « Sophie alors ? » « Non plus ! » Un nom de plus et j’explose… « Elise ? » « Non, non et un autre nom ça sera non aussi ! On croirait que je fais mes courses au supermarché à t’entendre ! » Il me regarde deux secondes puis hausse les épaules en lançant d’un air distrait : « Remarque ça ne serait pas mal, lesbianmarket, des lesbiennes à tous les rayons, allée 20 pour les lesbiennes branchées, les butch allée 12… » Je souris malgré moi. « Et toi là dedans t’es le vendeur du magasin qui hurle les avantages des produits en promo, juste à côté des caisses… » « Sympa pour les promos… Et que viennent faire les caisses là dedans ? » « Les promos sont très bien… Enfin très gentilles et tout mais… je ne sais pas… Et puis je n’ai tout simplement pas envie de passer à la caisse ! » « T’as vingt ans, heureusement que tu ne veux pas passer à la caisse ! Seulement ton problème c’est ça : les autres clientes, elles prennent une lesbienne en rayon, elles arrivent au bout de la rangée et puis finalement elles changent d’avis et elles la reposent pour en prendre une autre et puis ça recommence jusqu’au moment où elles trouvent la bonne lesbienne et là elles passent en caisse. Toi, tu te ballades dans les rayons, tu fais ta touriste, y’a des filles elles n’ont les moyens de s’offrir que des lesbiennes bas de gamme, toi tu peux choisir celle que tu veux sans problème, mais non, tu passes à côté d’elles, tu es même tellement indifférente que tu fais des faux mouvements et tu casses des cœurs sans le vouloir, sans avoir le temps de l’empêcher… Tu devrais essayer de prendre une des ces lesbiennes en rayon parfois… » J’ouvre la bouche à toute allure, contente de pouvoir enfin le contredire sur un point, parce que sur cette discussion je ne tiens absolument pas à ce qu’il ait raison ! « Faut qu’on arrête avec l’image du super marché ça devient lourd... Et au passage je sors avec des filles ! J’ai quand même eu plus d’une petite amie ! » « Et la dernière c’était quand ? » « Il y a dix mois. » Il me regarde avec insistance, comme si je devais voir dans ce que je viens de dire une révélation. Ne comprenant pas je demande : « Mais quoi ? » « Dix mois ! » « Et alors ? Attends, c’est loin d’être énorme dix mois ! Ce n’est pas parce que toi tu couches avec tous les mecs que tu rencontres et que, donc, tu as une nouvelles relation à peu près toute les dix sept minutes que les gens qui ne pratiquent pas le sexe à outrance sont anormaux. Je ne suis pas anormale parce que je n’ai pas de relations sans lendemain ! » « Okay, je ne critique pas le fait de n’avoir que des relations sérieuses, chacun son truc, mais il n’empêche que tu n’as pas eu de relations tout court, sérieuse ou non, depuis dix mois. » « Et ? » « Et regarde toi ! T’es peut-être pas un top model mais tu fais fondre toutes les filles, une fille comme toi qui reste aussi longtemps toute seule ce n’est pas du tout normal ! » « Bah chacun son truc comme tu dis ! » « Ton truc c’est le célibat ? » « Peut-être bien ! » « Je te connais trop, je ne te crois pas ! Dis moi des avantages du célibat ? » Merde, ça je n’avais pas prévu d’en chercher, il a commencé à me piéger : j’hésite quelque secondes. « Bah… Euh… T’es tranquille tout simplement, pas de contrainte, de jalousie excessive, d’effort chiants à fournir pour satisfaire quelqu’un qui ne remarque pas le dit effort une fois sur dix… » Je déteste ça parce que là je pressens déjà qu’il va réussir à me faire dire une vérité sur moi que, quelqu’elle soit, je n’aurai pas envie de sortir ! « Oui donc c’est ce que je dis, tu n’aimes pas le célibat ! » « T’as écouté ce que je viens de dire ? » Il se penche en avant et s’accoude à la table du café : « Ce que tu viens de dire et ce que tu me racontes depuis le collège... Tu sais toi-même que justement ce que tu aimes dans une relation c’est le fait que c’est compliqué, c’est la jalousie excessive, ce sont les engueulades pour une broutille et tout ce qui s’en suit ! Quand c’est trop calme tu t’ennuies et tu fend le cœur de la pauvre fille du moment ! Tu aimes tes relations lorsque tu es dedans parce que, justement, c’est fort et puissant, et là tu me dis que tu aimes le célibat parce que c’est le contraire ? Je ne te crois pas. » Je me tais, il a raison et si je réponds encore et que je m’enfonce je vais me trouver stupide… Il continue « Ce que je veux bien croire c’est que ton célibat tu le choisit. Mais je veux comprendre pourquoi ? Pourquoi tu choisis quelque chose que tu n’aimes pas ? » La question est certainement trop directe, ça me bloque. Il m’énerve parfois à me connaître mieux que moi-même ! Je tente de ne pas réfléchir à ma réponse et de simplement laisser aller les mots, je serai certainement plus honnête de cette façon… « D’accord, j’avoue que parfois mon célibat me pèse, en règle générale, je t’assure, il ne me dérange pas, je ne suis pas totalement bien dedans mais je ne suis pas mal non plus et ça me suffit. » « En règle générale… » « Laisse moi finir ! En règle générale, parce que oui, quand je me glisse sous ma couette le soir, dans un lit glacé et absolument seule, oui, j’ai besoin de penser à quelqu’un, je voudrais que quelqu’un soit simplement là avec moi, mais il n’y a jamais personne et c’est très désagréable… » « Alors pourquoi tu ne te trouves pas quelqu’un, tu pourrais… » « Parce que je suis super difficile, parce que tu l’as dit, je veux quelqu’un ave qui je peux avoir une relation conflictuelle, c’est comme ça que je suis capable d’aimer et véritablement aimer. Je ne dois m’embêter jamais. Ce genre de personne ne se trouvent pas facilement, alors je ne préfère même pas chercher, disons que si j’en rencontrais une mes idées de célibat s’envoleraient certainement aussitôt, mais non, je ne peux pas en trouver une comme ça facilement… » « Parce que tu attends qu’elle te tombe dans les bras ! Cherche la aussi ! » « Non, ça ne va pas non plus, je veux éviter de rencontrer cette personne tant que je peux… » « Là j’avoue, j’ai du mal à te suivre… » « Je sais, je suis trop compliquée ! Non, en fait c’est simple je veux une relation conflictuelle mais quel est le problème d’une relation conflictuelle ? C’est que d’un côté je porte un amour de dingue et d’un autre, revers de la médaille, dans ce genre de relation je finis toujours par souffrir comme une folle ! L’amour ne vient pas sans la souffrance alors à la fois j’en ai envie et à la fois pas du tout, c’est pour ça que je ne cherche pas, disons que si ça arrive je me laisserai emporter, si ça n’arrive pas bah je ne le provoquerai pas non plus. Je ne suis responsable de rien tu vois, c’est en fonction de ce que je rencontre sur mon chemin. Je ne choisis pas l’absence de souffrance et d’amour tout comme je ne choisis pas la souffrance et l’amour. Le choix est trop dur, je le laisse au destin… » « Tu ne crois pas au destin… » « Des fois ça m’arrange quand même bien… » Il fait sa tête de pensif, comme si il analysait tout ce que je viens de dire pour le mettre dans le dossier à mon nom qu’il garde précieusement dans sa tête. Enfin, après un certain temps, il plonge ses yeux dans les miens. « D’accord ! J’ai comprit ! Mais si jamais tu changes d’avis j’ai quelques promos sous la mains pour toi, j’en connais même une à la limite du sado masochisme si c’est assez compliqué pour toi ! » Je souris tout en soupirant puis lui réponds avec ironie : « J’espère que je vais pouvoir m’en passer… »
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