lundi, 30 mai 2005
Entre elles
Flashs. Lumières multicolores. Rythme cardiaque qui s'accorde avec les tremblements du sol. Les enceintes font des pulsations que je ressens dans mon propre organisme. Souffle qui s'accélère. La voix qui contraste avec tout ça, qui emporte ma tête. Quand je ferme les yeux j'ai l'impression de tourbillonner et de tomber en arrière. La foule qui hurle. La fosse a l'air déchaînée. Bref coup d'œil. Chaire de poule à la vue de ces quelques cinq mille personnes qui remplissent la salle. Cris du public. Mes yeux se reportent sur la scène et comprennent pourquoi : elle s'approche d'eux. Le micro à la main. Je suis hypnotisée. Cette musique a des allures de fin du monde mais elle avance doucement, si doucement, le regard fixe. Elle a l'air de toucher quelque chose de supérieur. J'imagine qu'elle est dans sa bulle, transportée « autre part ». Je l'envie tellement, moi qui ne suis que sur le côté de la scène, près des coulisses, en train de regarder le groupe jouer. Tout à l'heure ils arriveront en poussant des cris de joie, encore pleins d'adrénaline, heureux de l'avoir fait, heureux que le public ait apprécié le show. Ravis comme si c'était eux qu'ils venaient voir, comme si ils n'étaient pas « juste » une première partie. Mais ils auront raison. Ils plaisent au public, ils méritent plus que ça, mais ce n'est déjà pas mal. Peu vont jusque là où se sont rendus. Dernière chanson, ces milliers de personnes l'ignorent mais plus que quatre minutes et ils recommenceront à penser à leurs idoles et exigeront leur présence sur scène. Ils ont fait leur boulot, la salle est « chauffée ». Alors pour la dernière, comme toujours, ils marquent le coup. La chanson la plus impressionnante, celle qui vous entraîne le plus, celle qui leur a fait obtenir cette première partie. Ils profitent des dernières secondes. Ils se donnent à fond. Et enfin, le dernier accord de guitare sur lequel le temps semble s'arrêter. Noir. Ils n'ont pas le temps de quitter la scène que déjà le public les rappelle, mais ils vont s'en aller, ils sont déjà restés plus longtemps que prévu. Alors la voilà qui court vers moi. Elle me saute dans les bras, m'embrasse fougueusement. Elle a un sourire tellement grand sur les lèvres, que je ne lui connais qu'après un concert. Elle hurle de joie dans mes oreilles mais après la puissance des enceintes je ne suis pas à ça près... Puis après m'avoir serré si fort, limite jusqu'à me faire des bleus, elle s'arrache à moi et je la suis sur scène, cachée des yeux de la foules derrière un énorme rideau, pour les aider à remballer le matériel. Je souris de leur propre enthousiasme. Ils sont tous en train de rire, d'hurler que c'était terrible, génial, que c'était le meilleur moment de leur vie. A des moments différents ils finissent tous par me prendre dans leurs bras pour communiquer leur joie. Elle regarde en souriant, ça fait longtemps qu'elle n'est plus jalouse, qu'elle s'est habituée au fait que sa petite amie soit devenue une sorte de mascotte du groupe à force de les suivre partout en tournée. Et moi le rôle de petite mascotte m'amuse. Je suis la petite sœur générale et sa petite amie à elle. Ça me va très bien, même si les fans me détestent !
Le matériel rangé, il faut laisser la place aux vraies vedettes ou du moins à ceux qui installent le matériel pour eux. Nous retournons dans les coulisses, rejoindre les deux loges qui nous sont attribuées. Une pour les instruments, une pour les gens ! Affalement total dans les vieux canapés dépareillés sortis des garages des grands-mères puisque les loges n'étaient pas aménagées. Nous nous installons toutes les deux dans le fauteuil le plus grand. Je suis posée entre ses bras. Je sens encore son cœur dans sa poitrine, loin d'être calmé, qui au contraire semble vouloir s'arracher de son corps. Alors que quelques centilitres d'un délicieux cocktail préparé par le guitariste coule dans nos verres, ils commencent à commenter leur prestation.
Et voilà que tout part de travers. Une simple remarque sur un contretemps. Le bassiste qui réplique qu'il n'a fait aucune erreur. Tout le monde s'en mêle. On essaie de me prendre à témoin mais je ne connais rien à la musique... La dispute dévie sur les comportements exécrables pendant les répétitions. J'essaie de calmer le jeu, sans succès. Il se lève, sort de la pièce. Silence dans celle-ci puis soudain un bruit impressionnant dans l'autre loge. Précipitation pour voir ce qu'il se passe et je me retrouve avec le spectacle du bassiste en train de défoncer la batterie à coup de guitare. Les deux propriétaires des instruments sautent sur le coupable et ils commencent à se battre alors qu'au dessus de nos têtes, la musique des vraies vedettes du concert fait vibrer le plafond.
Impressionnée par le spectacle d'un bassiste au nez cassé jeté sur le trottoir devant la salle sans son passe afin qu'il n'entre plus, et avec dans les main un instrument qui ressemble plus à un puzzle qu'à une basse, je viens me coller dans ses bras. Elle me glisse quelques mots rassurants au creux de l'oreille, avec cette même voix qui a charmé le public tout à l'heure. Le guitariste s'inquiète : « Il va falloir trouver un nouveau bassiste d'urgence, la tournée n'est pas finie, nous devons encore suivre le groupe dans trois autres prestations... » Après la joie de tout à l'heure les voilà avec des têtes d'enterrement et c'est justifié. Il ne reste que trois jours pour trouver un bassiste et lui apprendre les chansons et il faut aller acheter une nouvelle guitare et remplacer quelques peaux sur la batterie... Le désespoir s'installe mais il n'y a pas assez de temps pour s'apitoyer sur leur sort. Les portables sont sortis, tous les musiciens des répertoires appelés pour trouver un bassiste motivé ou simplement obtenir le nom et le numéro d'un. Une audition est improvisée pour le lendemain matin afin de les écouter jouer et choisir le meilleur. Certains font des centaines de kilomètres pour avoir la chance d'être choisis. Personne ne leur plaît déjà d'avance mais ils n'auront pas la possibilité d'être exigeants. Elle appelle une salle des fêtes locale pour la réserver pour la journée. Trois essais avant d'en trouver une libre. Puis il ne reste plus qu'à rentrer se coucher à l'hôtel, puisque personne n'a le moral d'aller boire dans un pub pour fêter le succès de ce soir.
Dix heures et quelques minutes de retard, notre super van peinturé arrive devant une salle minuscule. Ils sont déjà une petite vingtaine à attendre, housse de basse à la main. Le groupe leur explique qu'ils doivent trouver quelqu'un qui aura à apprendre une dizaine de morceaux en moins de trois jours. Qu'ils cherchent un remplaçant pour le moment, mais que peut-être ils demanderont à celui qui sera choisi de rester dans le groupe définitivement. Ils vont les faire rentrer dans la salle un par un, les écouteront jouer et poseront peut-être quelques questions. Elle me prend par la taille et m'entraîne à l'intérieur. Je souris devant son attention de m'apporter une chaise puis de s'assoire elle-même à côté de moi. Les candidats défilent. Le groupe prend des notes mais perd patience. Les partitions semblent trop dures pour certains, un autre fait une remarque sur « les deux guinasses » qui lui vaut immédiatement une sortie brutale par les membres du groupe, d'autres sont trop mous, trop fous... trop... Personne ne semble correspondre, même au minimum qu'ils demandaient. J'entends de plus en plus de soupirs. Un autre « Musicien suivant » est lancé et voilà qu'une fille entre dans la salle. Certainement à cause de nos préférences sexuelles à tous, notre attention est immédiatement scotchée à elle, nous qui ne voyons que des hommes depuis plus d'une heure. Je l'observe sortir l'instrument doucement puis elle pose la partition devant elle et se met à jouer. Elle semble concentrée. Je sais qu'elle plaira au groupe, enfin je l'espère, car elle a aussi cette attitude « perdu dans ma bulle » lorsqu'elle joue. Elle semble ailleurs et alors c'est merveilleux de la regarder faire danser ses doigts sur les cordes métalliques. Elle finit le morceau sans que les garçons ne l'interrompent, ce qu'ils ont fait pourtant avec tous les autres. Je vois les sourires qui se dessinent sur leur visage. Ils lui posent quelques questions, elle a de l'humour la bassiste mystérieuse, et des yeux qui me renversent. Elle sort de la salle en ayant comme les autres donné son numéro, sans qu'ils ne lui aient laissé croire qu'elle a des chances d'être prise, mais une fois partie ils s'empressent de dire qu'ils ont sûrement trouvé la bonne personne. Il n'y a qu'elle qui ne dit rien. Elle vient poser sa tête contre mon épaule. Lorsque je lui demande ce qui ne va pas elle me dit que ce n'est rien. Je la connais trop bien, elle est la seule fille du groupe, elle aimerait le rester. Les auditions continuent. Il y a un ou deux bons musiciens mais après discussion c'est la bassiste qu'on appelle. Ma petite chanteuse a bien du admettre qu'elle avait du talent et que ça serait bête de passer à côté d'une telle musicienne.
Le batteur me tend son portable et me demande de l'appeler pour lui dire de venir répéter avec le reste du groupe voir si ça colle, je compose le numéro tandis que le groupe sort les instruments du van. Ma chanteuse vient me prendre le téléphone des mains et coupe la communication avant que je n'ais pu obtenir la moindre tonalité. « Qu'est ce que tu fais ? » Elle plonge ses yeux dans les miens d'une façon qui veut que je me sente coupable de quelque chose. « Je m'occupe de l'appeler, va les aider. » Loin de me sentir coupable, je me sens irritée. « Pourquoi ? » « Parce qu'elle te plaît, je ne le vois que trop bien. » « Je ne nie pas qu'elle m'intrigue, mais j'ai juste envie de la connaître. Sans plus. Je n'ai aucune intention de devenir autre chose qu'amie avec elle. » « J'ai horreur quand tu fais ça... » « Ça quoi ? » « Quand tu séduis les gens sans le vouloir. Enfin, appelle la, ce n'est pas de ta faute si tu es si désirable... » Elle rejoint les autres après m'avoir embrassée. Je recompose le numéro et tombe immédiatement sur la fille qui pousse un cri de joie dans le combiné lorsque j'annonce qu'on l'attend pour jouer avec le groupe.
Une journée de répétition et nous voilà tous au café. Ils sont rassurés, les choses avancent bien. Ils seront prêts. Maintenant c'est l'instant de détente. Le moment où l'on fait connaissance de la nouvelle sans que ce soit pour savoir si elle sait jouer ça ou ça. Je m'assois entre elles, devant une bonne bière fraîche. On rit, on plaisante, la joie et la bonne humeur incarnée. On commence à avoir un petit coup dans le nez et légèrement à ne plus trop savoir ce que l'on raconte. Ma chanteuse discute avec les deux guitaristes. Moi je discute avec la bassiste et le batteur nous écoute, à moitié endormi. Elle a des yeux magnifiques. Je me concentre sur elle, sur ce qu'elle me dit, le reste ne fait que tourner dans une danse majestueuse de couleurs et de bruits de fond. Je ne tenterai rien, je l'ai promis à ma chanteuse. Seulement, chose imprévue, ce n'est pas moi qui tente, mais il y a bien quelqu'une qui tente. En dessous de la table, à l'abri des regards, une main se pose sur ma cuisse. Je sais que ce n'est pas ma chanteuse. Contre toute attente et totalement contre mon gré, à ce tendre contact une chaleur inonde spontanément mon ventre. Un frisson contradictoire me parcourt. Merde, qu'est ce que je suis en train de faire. Je me rends compte de la situation, ma petite amie est à côté de moi et pourtant je ressens une envie folle d'embrasser ma voisine de table et vu ce geste, c'est réciproque. L'alcool m'embrouille. Je ne suis pas célibataire. Je ne suis pas célibataire. Retenir mes pulsions. Lui faire comprendre que ce n'est pas possible. Je bouge ma cuisse et m'intéresse à la conversation que ma chanteuse a. La bassiste comprend immédiatement et n'insiste plus de la soirée.
Lorsqu'il nous faut partir à la fin de la soirée, elle nous demande si quelqu'un peut la ramener chez elle car les bus ne roulent plus à cette heure tardive. Sans comprendre comment je me retrouve avec les clefs de la voiture du batteur dans les mains, qui conscient de son état d'ébriété me demande de prendre ma place dans le van. La chanteuse me jette un regard noir mais ne fait aucun commentaire sur mon obligation de ramener la bassiste. Nous sortons donc du bar et montons toutes les deux dans le véhicule. Pas un mot, un silence gêné s'installe, elle ne fait que me donner les indications sur la route à suivre. Une dizaine de minutes plus tard je me gare devant chez elle. Je sors pour ouvrir le coffre afin qu'elle récupère sa basse. Elle pose sa main sur l'instrument en même temps que moi. On se croirait dans cette caricature stupide de la rencontre dans les films. Aucune de nous deux ne retire sa main. Je les regarde l'une sur l'autre quelques secondes puis soulève la mienne. Je n'ose pas la regarder. Je pense à ma chanteuse, elle me tuerait si elle voyait la scène. La basse reste dans le coffre, une main se pose sur mon épaule. Je ne fais aucun mouvement, j'en suis incapable, comme contrôlée par une force supérieure. Elle s'approche de moi. Mon cœur s'accélère. Comme au ralenti, ses lèvres se posent sur les miennes. Je ferme les yeux, réponds à son baiser. Je n'ai aucune excuse, ce n'est pas la chanteuse que je suis en train d'embrasser, j'en ai terriblement conscience. Puis nos bouches se séparent. Je dois dire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard. « Ecoute, je ne peux pas faire ça... » Elle réponds simplement qu'elle sait d'une voix résignée, prend sa basse, me dit à demain et rentre chez elle.
Lorsque je rentre dans notre chambre d'hôtel elle est sur le lit, elle s'est endormie. Je dépose un baiser sur son front. Je me sens mal, je me sens coupable et j'ai entièrement raison de l'être. Mais je ne lui dirai rien. Je ne veux pas la perdre. Je me convaincs que j'avais trop bu. Je me déshabille et viens m'endormir à côté d'elle, passant tendrement un bras autour de sa taille.
Le jeu de séduction ne s'arrête pas. Je pensais qu'il s'arrêterait après la soirée au café mais non. Nous avons encore failli nous embrasser et lorsque par hasard nous nous retrouvons seule dans une pièce je lutte contre mes pulsions et prie pour que quelqu'un entre, ce qui heureusement arrive toujours. Je me sens perdue. Je les désire toutes les deux. Le choix devrait être tout fait, j'ai déjà ce qu'il me faut. Mais c'est plus fort que moi, la bassiste m'hypnotise et plus je la connais plus je la désire. Ce soir c'est un nouveau spectacle dans une nouvelle ville devant un nouveau public. Si sa préstation est aussi remarquable qu'en répétition en plus de nous suivre sur la fin de la tournée elle deviendra un membre du groupe à part entière. Je dois prendre une décision. Nous sommes dans les loges, le groupe vedette profite des quelques heures qu'il reste pour répéter. Les murs tremblent mais je suis bien trop perdue dans mes pensées pour faire attention à la musique et la laisser s'emparer de mon rythme cardiaque. Le groupe demande à la bassiste d'essayer un nouveau truc sur un morceau. Après essai, le changement est adopté à l'unanimité mais comme il est de dernières minutes, il faut que la bassiste le potasse un peu afin de véritablement le maîtriser. Les autres proposent d'aller se détendre d'une façon ou d'une autre pendant ce temps là, objectif course au super marché afin d'acheter de quoi faire un repas après le show. Je commence à enfiler mon manteau mais ma chanteuse me dit de rester pour tenir compagnie à la bassiste, qu'ils en ont pour une heure à peine. Je suis prise de terreur. Elle est sensée être jalouse, pourquoi est ce qu'elle me fait autant confiance ? Je ne peux refuser sans lui donner de soupçons alors je suspends mon geste puis repose mon vêtement. Ils s'en vont.
Nous voilà une fois de plus seules et cette fois personne pour nous interrompre. Je voudrais pouvoir me sauver. J'ai peur de ce qu'il peut se passer. Je ne dois pas, je ne dois pas ! Très professionnellement elle s'installe et s'entraîne sur la nouvelle partie. Je lutte contre ça mais bien vite cet air répété en boucle s'insinue dans ma poitrine. Prend possession de mon cœur. Je ne quitte pas ses doigts des yeux, je les contemple glisser le long du manche, frapper les cordes. Je m'aperçois qu'elle ne regarde plus du tout l'instrument, elle me regarde, moi. Je déglutie. Ma poitrine est soulevée par trois grandes inspirations. Elle arrête de jouer. « Tu veux essayer ? » Je secoue la tête de droite à gauche. « Je suis nulle en musique... » « Viens c'est facile, je vais te montrer ! » Je m'observe me lever du fauteuil et la rejoindre. Elle enlève la sangle de la basse de ses épaules, vient derrière moi et la passe sur les miennes. Mon cœur veut sortir de ma poitrine. Je ne suis pas du tout à l'aise. Elle pose alors ses mains sur les miennes, et se colle contre mon dos. Je sens son souffle sur ma nuque. Le mien s'accélère. Elle murmure des indications à mon oreille pour jouer une mélodie mais je ne peux faire le moindre geste. Alors ses mains quittent les miennes et viennent se poser sur mon ventre. De nouveau cette chaleur. Mon souffle se saccade tandis que ses mains remontent sur ma poitrine et que mon cou reçoit ses baisers. Trop tard. Je ne peux que me laisser emporter. Elle attrape la sangle et retire la basse. Je me retourne et l'embrasse avec passion cette fois. Elle me fait doucement reculer vers une sorte de salle de bain qui communique avec notre loge. Ses mains plus désireuses de continuer leur exploration...
Lorsque la chanteuse revient je suis plus paumée que jamais. Je suis incapable de savoir si j'ai fait une erreur ou non. Je DOIS prendre une décision. Je dois la prendre ce soir. Alors je fais comme si de rien n'était jusqu'à ce qu'ils montent sur scène. Je veux savoir, une fois emportée par la musique, en les voyant toutes les deux sur scène, laquelle je dois choisir.
Flashs. Lumières multicolores. Rythme cardiaque qui s'accorde avec les tremblements du sol. Les enceintes font des pulsations que je ressens dans mon propre organisme. Souffle qui s'accélère. La basse est maîtresse de mes pulsations, mais la voix au dessus de tout ça fait tourbillonner ma tête. Je les contemple toutes les deux se déchaîner, toutes les deux dans leur bulle, toutes les deux semblant vibrer avec le public. Elle, puis elle. Le choix est si dur. Mais au fond de moi je sais, je savais déjà dès la première seconde où je l'ai aperçue, que ce serait elle, à tout prix. C'est elle que je choisis.
Après leur prestation, alors que l'on range les instruments je m'arrange pour être seule avec elle. « Il faut que je te parle. » Elle se tourne vers moi, attentive. « Je t'aime. » Un sourire se dessine sur ses lèvres, mais elle ne dit rien elle attend la suite. « Je t'aime, mais je ne veux plus vous suivre lors des tournées. Je rentre, je t'attendrais. » Je l'observe passer sa langue sur ses lèvres sèche. Elle pose son micro sur la table. « C'est à cause d'elle ? » Je ne peux pas lui raconter tout ce qu'il s'est passé, mais je réponds que oui. Elle a une mine triste, mais elle vient me prendre dans ses bras. « Je ne veux pas savoir ce qu'il s'est passé. Je t'aime plus que tout. Je suis juste heureuse que tu ne me quittes pas. »
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mardi, 24 mai 2005
Instant film
Pourquoi est ce que lorsque l'on est déprimé on écoute toujours des chansons déprimantes au lieu de mettre des chansons gaies qui pourraient peut-être nous remettre le moral au top ? Petite déprime j'écoute du reggae et grosse déprime, me voilà en train d'écouter en boucle les mp3 au tempo le plus lent de tout mon disque dur... Je me dis que parfois ça a des avantages de ne pas être bilingue, que si je comprenais la moitié des paroles de ces chansons je les trouverais certainement ringardes et je me retrouverai sans musique... En fait je sais pourquoi j'écoute ça... Ce sont les « instants film », vous voyez ces moments dans un film où le héro vient d'avoir la pire merde qui peut lui tomber dessus et il ne se retrouve qu'à deux endroits. Soit il est sous la douche, avec l'eau qui coule sur son visage et dans ses yeux, les mains appuyées sur les parois et ses larmes qui se mélangent à toute cette eau, si bien que si l'acteur ne sait pas faire semblant de pleurer, bah on a l'impression qu'il pleure quand même... Deuxième endroit, et je m'aperçois qu'involontairement les clichés hollywoodiens ont une grande influence sur moi puisque c'est ce que je suis en train de faire, héro affalé sur son lit et qui regarde son plafond fixement, comme perdu dans ses pensées. Je n'ai pas de miroir au dessus de mon lit puisque ce n'est pas un de mes fantasmes de me voir lorsque je suis en train de coucher avec quelqu'un, alors j'ignore si j'ai moi aussi cet air résigné et paumé que le dit héro a dans tout bon film lorsqu'il est à ma place... Et pourquoi un lit et un plafond ? Mon plafond est véritablement laid, blanc avec des taches dues à l'âge... Il n'y a rien de plus à dire dessus, mais ce n'est pas pour autant que je bouge pour faire autre chose... Pour en revenir à mes instants film, le rapport à la musique c'est que dans la douche ou dans le lit, il y a toujours cette musique qui colle parfaitement à la situation et c'est ça un instant film, quand la musique qui passe colle totalement à la situation et que j'ai l'impression désagréable que ma vie est un putain de film dont je ne suis qu'une actrice involontaire...
D'ailleurs à quoi ça sert d'essayer de penser à autre chose ? Les gens qui disent voir le visage d'une autre personne lorsqu'ils ferment les paupières sont des menteurs. On ne peut pas voir le visage de quelqu'un lorsqu'il fait tout noir... Mais j'avoue que je comprends un peu ce qu'on entend par là... Les moines zen peuvent-ils vraiment avec la méditation arriver à ne plus penser à rien ? Je veux me faire moine alors ça serait tellement génial qu'il n'y ait plus tous ces souvenirs qui remontent, toutes ces pensées à la con qui forcent mon esprit... Elle... Ah je deviens folle ! Même mon corps fait des siennes, j'ai un besoin physique, j'ai besoin de sentir un corps allongé à côté du mien... Peut-être même un bras passé naturellement autour de moi et je n'ose pas voir plus loin, le manque est déjà trop intense... Plus j'y pense et plus j'ai mal d'être seule et plus je me sens seule plus j'ai envie de penser à elle... Alors je finis par penser à ce mot : lesbienne. Qu'est ce que ça m'apporte ça ? La première fois que j'ai embrassé une fille j'ai eu l'impression de vivre un truc étrange, et étrange ça me plaisait, qui ne veut pas vivre un truc étrange ? Ce sont les choses étranges qui font des films et des bouquins, personne n'a envie d'être normal. Pas moi en tout cas. Mais le sentiment d'étrange est vite passé et là je me suis rendue compte que lesbienne c'était juste moi et que c'était juste étrange pour les autres. Elle est partie bien loin la fierté homo, pourquoi je me sentirai fière de me trouver normale ? Et pourquoi me sentir fière que les autres me trouvent anormale ? Avant j'étais lesbienne, maintenant je suis « juste lesbienne »... Il n'y a plus rien d'un choix là dedans, je n'en vois plus que les désavantages... Si dix pourcents de la population est homo, qu'on arrondit à cinquante pourcents de la population les hommes, le reste étant des femmes, alors une hétéro a quand même un choix à faire sur quarante cinq pourcents de la population alors que la lesbienne n'a plus que cinq pourcents... Le manque ne me va vraiment pas, j'ai de ces pensées stupides...
J'en arrive pourtant à une conclusion après ma si peu longue expérience... Le seul truc qui nous fait nous sentir unique, qui nous fait étrange, qui nous fait nous évader, qui nous empêche d'avoir la pensée qui se barre dans tous les côtés : c'est aimer. Quand je suis sortie avec des gars je croyais que l'amour c'était une connerie, je pensais être amoureuse mais je trouvais que tout le bordel qu'on faisait sur ce sentiment c'était de l'air brassé pour rien... Je me suis dit qu'on écrivait des tonnes de livres basés juste sur une espèce de gigantesque exagération qu'on ne connaîtra jamais... Et puis je suis tombée amoureuse d'une fille. C'est dingue comme on peut changer de point de vue à une de ces vitesses ! Et oui, il n'y a que ça qui nous donne l'impression de vivre l'histoire d'un livre ou un film...
Eh non en fait... Comme quoi penser ça ne m'aide pas à être plus intelligente... tout à l'heure je pensais à ma déprime et là aussi j'avais l'impression d'être dans un film... Verdict : l'amour bah... En fait je n'en sais véritablement rien... Là tout de suite je me sens conne mais alors à un point... Plus on croit comprendre de trucs plus il y a des questions qui arrive et au final on se rend compte qu'on a rien comprit mais on a encore plus de question qu'avant auxquelles on cherche à répondre... Je veux retourner en maternelle ! Ah moments fabuleux de ma jeunesse insouciante... Le pire c'est que je suis encore considérée comme jeune, qu'est ce que ça doit être chiant d'être vieux alors...
Trente secondes de répit sans penser à elle et là voilà qui revient hanter mon esprit... C'est bizarre, quand je pense à elle il n'y a pas de questions qui me viennent, il y a juste un vide... Mais c'est pire je crois...
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mercredi, 04 mai 2005
Accepte-moi !
J'éteins la télé. Je déteste ces soit disant supers héros. Comment on peut être si super ? Ca me révolte ! Il devrait y avoir une loi contre ce genre de trucs... Ou une languette sur les cassettes, un genre d'autocollant collé sur la jaquette qui dirait « Attention, idéalisation extrême, rêve impossible à atteindre ! » Il faut être réaliste, personne jamais ne sera comme ça ! Le héro se doit d'être beau et jeune, trentaine maxi, interdiction de vieillir ! Ça doit être une close dans le contrat du super héro : tu vieillis pas ou tu rends ta cape ! Enfin bon, après ça il faut qu'il soit totalement différent de tout le monde en n'étant pas le moins du monde intéressé. Quel con, sincèrement, accepterait de donner sa vie pour quelqu'un d'autre et de souffrir des trucs horribles pour une autre personne ? Il faut se rendre compte que nous sommes tous des lâches et qu'il n'y a pas beaucoup de gens, bien que beaucoup s'en vantent, qui se sacrifierait de cette façon... Jeunesse éternelle et don de soi, ça fait déjà pas mal pour une seule personne mais en plus de ça il a le culot d'avoir des supers pouvoirs notre super héro ! Là c'est totalement injuste ! Pourquoi dans le film personne ne pense à attaquer superman en justice, ce gars là refile des complexes à tout le monde !
Je suis donc en train d'expliquer ce pourquoi du comment aux garçons, ou en six mots ou presque : « De l'art d'aimer les supers méchants » ! Je ne suis pas spécialement un garçon manqué mais les autres filles ont une fâcheuse tendance à croire que tout ce qui s'éloigne du vernis et du rouge à lèvre est sataniste. Je ne pourrais définitivement pas avoir cette discussion sur les classiques des comics avec elles... Une main se pose sur mon épaule, me faisant sursauter. Je me retourne vers le dossier du canapé, Julia se tient derrière en me faisant un grand sourire. J'espérais tellement la voir ! Je lui fais la bise, étrangement lentement et près des lèvres, mais bien heureusement ça passe inaperçu. Elle se joint à nous. Rémi lui demande quel camps elle choisit entre les bons ou les méchants et elle semble hésiter un petit instant avant de répondre : « Moi j'aime bien le personnage de Cat Women, elle n'est pas réellement bonne ni méchante, juste indépendante... Et puis le costume de cuir noir avec les oreilles de chat j'adore ! » Elle ponctue la fin de sa déclaration d'un grand sourire que tous les gars ont aussi. J'ai horreur de cette façon qu'ils ont de la regarder, ils savent très bien vers quoi se tournent ses préférences, qu'ils n'auront jamais aucune chance avec elle ! Cela suffit pour m'énerver... Je perds soudain tout intérêt pour la discussion. « Je n'aime pas du tout Batman, je trouve que les personnages sont idiots, il est toujours question d'animaux, chauve-souris, chat... et quand ce n'est pas le cas ça donne un truc nul du genre mister freeze... » Julia me répond : « Oui mais comme tu as une certaine ressemblance avec ce gars là... le pingouin... Bah ça compense ! » Je ne vois pas l'intérêt de cette touche d'humour « J'envie particulièrement Daredevil, être aveugle des fois ça a du bon... Ils auraient du le faire sourd aussi... » Je lance apparemment un sujet de débat, seule Julia n'y prend pas part, se contentant de me regarder avec un air coupable d'enfant qui vient de se faire disputé. Elle s'est sentie visée par ma remarque et elle a raison c'est ce que je voulais mais je n'ai pas la satisfaction que je voudrais pour avoir fait ça. Je me sens mal à l'aise. Je me lève tandis qu'elle me suit du regard et je pars rejoindre les autres filles. Elle n'ose certainement pas me suivre et ça aussi c'était la raison de mon départ, ne pas la voir... Alors pourquoi j'espère tant qu'elle va venir quand même ? Pour pouvoir la torturer jusqu'au bout, voir jusqu'à quel point elle peut se sentir coupable ? A quel jeu je joue là... J'en ai marre je ne peux m'enlever certaines images de la tête...
Les filles discutent, un verre à la main dans la cuisine. La discussion ne tourne pas autour des vernis, en fait elle est des plus intéressantes : elles parlent d'économie et d'écologie, green peace et compagnie... Je me prête au jeu et pourtant je ne peux m'empêcher de penser à Julia, dans l'autre pièce avec les garçons. Je me demande ce qu'elle fait en ce moment. Je la connais assez pour savoir qu'elle n'oubliera pas de si tôt ma remarque et qu'elle risque d'y penser toute la soirée jusqu'à ce qu'elle sache si c'était réellement pour elle que je l'ai dit, elle doit s'en vouloir. Moi aussi j'ai envie de lui en vouloir mais c'est moi qui me sens mal. C'est ridicule, j'ai horreur de cette situation... Elle est comme un parasite qui s'est enfermée dans mon esprit mais je tente comme je peux de me concentrer sur la conversation et l'heure tourne, les minutes passent, un ou deux garçons nous ont rejoint. Alors elle arrive, seule. Je fais mine de ne pas la voir, je l'ignore. J'ai remarqué tout de même que je suis la première personne qu'elle a regardée. Je ne l'observe qu'à la dérobée, il est partit loin son sourire, elle rit à peine des blagues qui sont lancées. Je crois bien que je suis la cause de son malaise. En fait c'est même sûr... Pourquoi je ne peux pas tout simplement lui dire que je suis désolée, que je sais qu'elle disait ça sur le ton de l'humour... Je sors à nouveau de la pièce.
Pendant les deux heures suivantes je joue à un jeu de cache-cache avec elle, ne la regardant pas, du moins lorsqu'elle peut s'en apercevoir, ne lui parlant pas, changeant même souvent de pièce si jamais elle me rejoint moi et les personnes avec qui je suis. Je suis en train de fumer une cigarette avec Amélie dans la salle de bain à l'étage, en discutant de musique. Une mélodie nous interrompt et la voilà qui sort son portable, s'excuse et sort de la pièce, l'oreille au combiné. Il me reste encore une ou deux taffes sur ma dose de cancer alors je reste seule dans la salle de bain, je redescendrais bientôt. Je m'appuie sur la rambarde de la fenêtre, laissant mon corps s'habituer à la température extérieure à peine plus fraîche qu'à l'intérieur. Un cliquetis familier m'indique que la porte vient d'être ouverte, je ne me retourne pas, pensant qu'Amélie est de retour, mais le bruit du verrou que l'on tourne pour nous enfermer m'incite à changer d'avis. C'est Julia. Elle plonge son regard dans le mien sans rien dire. Quelques secondes passent. Je suis décidée à ne pas lui adresser une parole. Elle se décide enfin à s'approcher mais peut-être par peur, s'arrête à un mètre de moi. « Pourquoi tu m'en veux ? » Je détourne les yeux, je ne saurai pas résister si je la regarde. « Je t'en supplie, dis moi pourquoi ! » Je me rends compte que je ne peux tout simplement pas lui répondre, non plus parce que je lui en veux toujours, mais parce que... Je n'ai aucune raison de lui en vouloir. Pourquoi je fais ça ? « S'il te plaît... » Je voudrais pouvoir lui répondre, mais je ne peux pas... Elle insiste encore, alors quitte à être stupide j'invente une excuse : « Je n'avais pas tellement envie d'être comparée à un gars horrible qui ressemble lui-même à un pingouin ! » Je regarde toujours mes pieds. « Mais tu sais très bien que je ne le pensais pas, je plaisantais... Je serai incapable de dire une méchanceté sur toi et de la penser en même temps... » Je me sens véritablement paumée et j'ordonne à mes lèvres de rester fermées. « Il n'y a pas que ça n'est ce pas ? » A nouveau ces images qui dansent dans ma tête... Je voudrais ne pas l'écouter, je voudrais ne pas entendre ce qu'elle va dire... « Ecoute, nous avons couché ensemble... Je ne sais pas trop comment s'est arrivé, mais les choses se sont enchaînées et ne mens pas, ça te plaisait... » « Nous n'aurions jamais dû... » Je me mords la lèvre. Elle vient poser sa main sur ma joue, je détourne le visage mais ne brise pourtant pas ce contact. « Je ne suis pas d'accord... et je pense que même toi tu n'es pas d'accord avec ce que tu dis. Si, c'était une bonne chose ! Je sais que c'est dur d'accepter quelque chose comme ça, mais reconnais le, tu as aimé, tu as aimé et tu voudrais que ça recommence ! » Je répète avec moins de conviction que je ne le voudrais : « Nous n'aurions pas dû... » Elle glisse ses doigts sous mon menton et me force à lever le visage vers elle. J'ai les yeux fermés au départ, puis enfin je les ouvre pour les plonger dans ses pupilles. « Tu m'aimes... » Je détourne immédiatement la tête. Elle s'entête : « Tu m'aimes ! » Je sens les larmes qui montent mais je tente de les retenir. « Tu m'ai... » « Non ! » Je lui coupe la parole et me met à frapper frénétiquement son épaule, j'ai de plus en plus de mal à retenir mes sanglots. Elle a un premier mouvement de recul et puis finalement se laisse frapper comme si de rien n'était. Je suis sûre pourtant de lui faire mal ! Je porte un coup, puis un autre, mais elle ne réagit toujours pas. Ais mal ! Je t'en prie, ais mal ! Fuis moi ! Tu n'as pas le droit de me comprendre si bien, de me comprendre mieux que je ne me comprends ! Tu n'as pas le droit d'apporter dans ma vie quelque chose que je ne contrôle pas du tout ! Quelque chose qui me fait peur ! C'en est trop pour moi, je m'effondre dans ses bras, en pleurs, je ne peux contenir aucun de mes sanglots cette fois. Elle vient poser ses bras autour de moi et avec sa main elle me caresse les cheveux : « Tu me détruis parce que tu veux me posséder mais que tu as peur que ce soit moi qui te possède, et je me laisse détruire pour te montrer que tu ne seras pas blessée, pour te garder... Je suis désolée, je t'aime...»
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lundi, 02 mai 2005
Une nuit
Attention, dans cette histoire, des scènes, explicitement sexuelles entre deux personnes du même sexe, peuvent choquer certaines personnes. Si vous continuez à lire au delà de ces quelques lignes je ne me trouve plus responsable... (Vous êtes sensé avoir un certain age et si vous ignorez quel age il faut avoir c'est que vous êtes encore trop jeunes pour lire ça...)
Tes yeux dans les miens, tu ne me lâches pas du regard. Il y a quelque chose, pas seulement nous deux, c'est tout, autour de nous, qui se met dans cet « état ». Comme si l'air se chargeait de particules de désirs pour nous encourager... Toute cette intensité, cette passion mêlée de tendresse... C'est comme si on touchait aux deux extrêmes du monde, le plaisir et la douleur, l'extase et la frustration, l'autorisé et l'interdit... C'est comme une danse sensuelle que tout le monde sait danser sans connaître les pas exacts à faire. Nos lèvres s'entremêlent, encore et encore. Tu laisses échapper un éclat de rire et à tes lèvres tendues je devine que tu souris en m'embrassant. Tu avances, doucement, m'obligeant à reculer dans la direction que tu souhaites, que je souhaite aussi. Puis quelque chose butte contre mon pied : le lit. Tu baisses le haut de ton corps, me forçant à m'assoire et m'allonger, tandis que tes baisers continuent de rencontrer les miens et que tu viens juste au dessus de moi, un peu surélevée. Puis tu abandonnes l'appui de tes mains, posées sur le lit de chaque côté de mon corps, pour t'asseoir sur moi, en amazone. Je t'observe, tu me regardes toi aussi, un sourire un peu coquin sur le visage. Je veux me redresser mais tu viens plaquer tes mains sur mes épaules, m'obligeant à rester allongée. Puis l'une d'elle glisse jusqu'à ma poitrine, attrape la fermeture éclair de ma veste et alors, tu prends un plaisir presque malsain, lorsque l'on voit à quel point j'ai envie que tu ailles vite, à descendre ce bout de métal avec une lenteur exagérée. Alors je subis cette attente, sans faire un mouvement sinon celui de ma poitrine qui monte et qui descend rapidement au rythme de ma respiration. Dépêche toi ! Je voudrais te le dire mais je ne le fais pas, cette attente me gêne comme elle me plaît et m'excite. Il y a comme une musique langoureuse dans l'air qui nous dicte les gestes à faire. Je me redresse enfin pour finir d'enlever le vêtement. Tu portes alors tes mains sur mon visage et m'embrasses à nouveau. Tes doigts descendent sur mon cou, elles ralentissent en passant sur ma poitrine et garde cette même vitesse alors qu'ils effleurent mon ventre, puis, enfin, ils refont le trajet inverse, cette fois en ayant emprisonné le bas de mon t-shirt. Je lâche tes lèvres à regret pour lui laisser le passage et le maudire de t'arracher à ma vue le temps qu'il passe sur ma tête. Il n'a pas encore le temps d'être entièrement enlevé que je sens tes baisers à la naissance de mes seins. Enfin, c'est moi qui t'oblige à t'éloigner, un par un, je fais sauter les boutons de ta chemise. Tu pousses un soupir impatient qui fait naître un éclat de rire léger de ma part, je sens ton souffle chaud sur ma nuque, il me retourne les sens ! Je retire délicatement le tissu de tes épaules, puis je m'arrête et te contemple quelques secondes. J'aime ce court instant avant d'être entièrement nues, lorsque tu portes encore ton jeans et ton soutien-gorge, je trouve ça tellement plaisant, tellement érotique une femme dans cette tenue... Tu me laisser te détailler comme je le ferai d'une oeuvre d'art, ça te plaît à toi aussi... Puis finalement ce moment a une fin, mais je ne m'en plaindrai pas. Tu passes tes mains dans mon dos et décroche l'attache qui retenait le dernier rempart de tissus sur mon buste. Je sens bientôt ta langue jouer sur le lobe de mon oreille, tes mains continuant les caresses alors que moi aussi je tente de te libérer de ton sous vêtement, un gémissement m'échappe et j'interromps mon mouvement, je tourne la tête, ne pouvant supporter plus longtemps les chatouilles que tu m'infliges. Je ris. Peut être crois tu que je me moque de toi, car tu prends alors une mine boudeuse et pour te la faire perdre et te rassurer, rien de mieux qu'un nouveau baiser... J'ai trop attendu maintenant, ton haut à toi aussi vole dans la pièce, quelque part à côté du lit, il sera temps demain de chercher où sa chute a bien pu l'amener... Dans un même mouvement, nous déboutonnons le pantalon de l'autre et je me retrouve une nouvelle fois couchée sur les draps, dans cette demie obscurité, à subir ta volonté. Le vêtement glisse sur les jambes alors que tu le tires vers toi, cette fois tu te dépêches alors pour reprendre la maîtrise du jeu, je ne t'aide pas en soulevant mon bassin. Prends ton temps... Tu me fixes, un peu contrariée, mais comme pour m'amadouer, tu viens poser tes lèvres sur ma peau, sur mon ventre, déposant des myriades de tendres baisers, cette fois je me laisse faire. Je t'observe, tu souris enfin. Tu te débarrasses toi-même de ton pantalon, rapidement puis tu viens te glisser sur moi, ta bouche sur la mienne puis descendant comme sur une ligne imaginaire, le long de mon cou, entre mes seins, sur mon ventre, tu t'attardes sur mon nombril, tu descends encore... Tu attrapes mon dernier sous-vêtement entre tes doigts, le soulevant légèrement, alors ta langue vient doucement se balader en dessous et là où se trouvait plus tôt l'élastique... Je me mords les lèvres, quelle torture, mais quelle torture plaisante... Mon souffle s'accélère encore, je veux plus mais tu ne sembles pas décidée à me le donner tout de suite... Tu remontes lentement le long de mon ventre, tu stoppes ta course sur ma poitrine, un de tes bras te sers d'appui, ton autre main se promène sans grande attention sur mon ventre et te voilà qui glisses une des tes jambes entre les miennes. Je veux pouvoir sentir ta peau sous la paume de ma main, pouvoir te rendre cette excitation que tu me donnes, mais dès que je me pose à ton contact, tu te redresses, attrapes mes poignets et me plaques les mains sur l'oreiller, m'interdisant le moindre mouvement. Ton regard plongé dans le mien me donne l'ordre de patienter encore, je me débats à peine, juste histoire de me convaincre que j'ai protesté, mais à vrai dire je ne me plains pas de la situation... Ton genou s'appuie sur le dernier bout de tissu qu'il me reste, une décharge électrique me parcourt le corps. Le duvet sur mes bras se redresse, ma respiration se coupe un court instant pour reprendre de plus belle. Tu souris à nouveau, satisfaite de la situation. Je te lance un regard suppliant, ne t'arrête pas, s'il te plaît... Alors tu lâches mes poignets pour appliquer tes mains sur le côté de mon corps, jusqu'à mes fesses. Au contact de ta langue sur l'un de mes tétons, c'est une nouvelle décharge qui s'empare de moi. Je laisse échapper un gémissement de plaisir. Je souhaite tellement que ta main poursuive le chemin vers lequel elle semble se diriger, oui... Oh oui... J'aimerai qu'elle traverse mon bas ventre tellement plus rapidement ! Mais tu ne m'enlèves toujours pas mon sous-vêtement, toutefois, tes doigts frôlent la fine toile. Je ferme les yeux. Tu joues avec moi et c'est délicieusement insupportable. Tu me touches à peine et pourtant mon corps entier réagit à tes caresses et tes baisers... Soudain tout va plus vite, je perds contrôle. Sans comprendre plus que nécessaire, je m'aperçois que le tissu qui cachait mon intimité a disparu. Une fine pellicule de sueur enveloppe ton corps et certainement le mien aussi... Alors que tu me donnes un des plus passionné baiser que l'on m'a offert, ta main longe ma cuisse et touche enfin l'endroit qui l'attendait depuis si longtemps ! Mais tu n'en restes pas là, tu te dérobes à mes lèvres pour aller rejoindre tes doigts plus bas. Ta langue me semble brûlante et c'est comme si un feu se déclanchait à l'intérieur de mon ventre. Tu continues toujours à faire jouer tes doigts, tu leur fais découvrir la partie la plus intime de ma personne. Je ne tiendrais pas longtemps, c'est trop intense... Je tremble malgré moi, mon bassin se soulève parfois sans mon consentement... Je me mords les lèvres pour m'empêcher de crier. Tu ralentis le rythme lorsque tu sens que je pourrais jouir. Ça me frustre énormément et pourtant je ne te demande pas d'arrêter ce manège. Puis enfin malgré tes efforts pour me retenir, le plaisir devient trop fort, je ne peux m'empêcher de retenir ma respiration alors qu'en moi quelque chose se déchire, meurt et revit, implose, quelque chose de pur et incontrôlable... Tu continues les aller et retour avec ta langue encore un peu puis tu déposes un baiser sur mes cuisses et viens te blottir contre moi après en avoir déposé un autre sur mes lèvres. Je te serre dans mes bras quelques minutes, le temps que mon souffle redevienne un peu plus régulier. Puis mes doigts commencent à imprimer doucement des cercles sur ta peau, je te plaque à mon tour contre le matelas, prête enfin à te rendre ce bonheur que tu m'as procuré.
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