vendredi, 15 avril 2005
Pensionnaire
Ah ! La dernière marche enfin ! Je n'en peux plus ! Vous pensez qu'un des surveillants qui m'a indiqué le chemin m'aurait bien gentiment aidé à porter mes affaires ? Non ! Bien sur, il ne suffit pas que d'avoir un sac énorme dans chaque main et un sur le dos ! Peut être que si j'étais arrivée avec un vanity-case en plus, là, enfin, on aurait pu m'aider. Après tout je n'en sais rien, ils ont peut-être un cotas de personne chargées comme des mules à laisser passer sans donner le moindre coup de main avant de pouvoir enfin proposer un peu d'aide... La il faut que je me repère de toute façon alors je vais faire une petite pause... J'aurai du prendre mes affaires en plusieurs fois...Alors il m'a dit de tourner à droite quand je serai arrivée à l'étage. Euh... Il n'y a rien à droite ! Mais ce n'est pas vrai ! Comment je fais pour aller à droite quand le couloir continue tout droit ou à gauche ? A droite c'est un deuxième escalier pour monter au second ! Il m'a bien dit le premier étage... Je ne rêve pas... Qu'est ce que je me sens ridicule là en plein milieu du passage avec mes trois sacs et la totale ignorance du trajet à faire pour aller au dortoir. Pas motivée pour laisser mes sacs là, la moindre personne qui passe et là je ne retrouve plus rien en revenant. Pas motivée pour redescendre avec et avoir un lombago ce soir... « T'es perdue ? » Je me retourne pour observer une fille de mon age monter l'escalier. Merci mon Dieu, je suis sauvée ! « Oui... Euh... Je cherche le dortoir... On m'a dit de tourner à droite mais... Y'a pas de couloir à droite... » La fille laisse échapper un rire tandis qu'elle arrive à ma hauteur. « Il faut continuer tout droit et ensuite, seulement, ça tourne à droite... C'est pas super pratique pour se repérer au départ mais on s'y fait vite tu verras ! Je vais te montrer le chemin... Je peux t'aider à porter quelque chose ? » « Non, ça ira merci... » Mais qu'est ce que je fais ! Je n'aurais pas pu oublier la politesse cette fois, non ? Heureusement pour moi il n'y a pas que moi qui suis polie et elle insiste quand même pour m'aider et finit par me prendre un sac des mains sans me laisser le temps de lui répondre... Elle répond à mon « merci » par un grand sourire. Je la regarde avec un peu plus d'attention... Elle n'est ni grande, ni petite, elle a les cheveux blonds qui tirent sur le châtain clair, pas laide mais pas non plus hyper belle. Elle n'a pas de style particulier mais ça a l'air d'être une fille spontanée et pas prise de tête. Si je ne me trompe pas sur la définition de charme, c'est-à-dire non pas de la beauté mais quelque chose indéfinissable qui attire l'attention sans qu'on comprenne réellement pourquoi, alors c'est du charme qu'elle a indiscutablement ! Je me surprends à attarder trop mon regard sur elle alors qu'elle me précède dans le couloir. Ola ! Faut que je me calme ! Surtout, ne pas commencer à fantasmer sur une autre pensionnaire ! J'essaie de me raisonner, de laisser mes pulsions de « lesbienne en chaleur » dans un autre coin de ma tête... Je ne me connais que trop bien, si le mental correspond à la super bonne impression d'elle que j'ai déjà, je vais, et ce malgré moi, commencer à m'attacher à elle. Allez, les hétéros faut pas y toucher, même si je suis convaincue qu'il y a toujours une chance de faire virer une fille de bord, je dois aussi me convaincre que les lesbiennes continuent de représenter une minorité de gens... Ne pas cacher que moi je le suis et là si la personne en face de moi avoue qu'elle l'est aussi, ça commence déjà à devenir de la drague... « Je m'appelle Julie et toi ? » Je sors de mes pensées : « Euh... Elodie... Je m'appelle Elodie... » « Voilà c'est là qu'il fallait tourner à droite, le dortoir est au bout.... » Je regarde dans la direction du doigt qu'elle tend, on aperçoit déjà un alignement de portes. Elle continue : « Normalement nous sommes deux par chambres, mais comme il y en a vingt-quatre en tout et que nous sommes juste quatorze cette année à être entièrement pensionnaires, enfin, il y en a même deux qui rentrent chez elle tous les week-end, nous avons donc une chambre chacune. » Elle regarde une feuille sur le mur. « Ton nom c'est Julie Charelle c'est ça ? » J'acquiesce. « Tu as la chambre seize, je t'y accompagne. » Je n'ai pas vraiment besoin d'elle pour suivre des numéros sur les portes jusqu'à trouver la mienne, mais étrangement j'accepte bien l'idée... Nous ne croisons personne dans le couloir mais quelques portes de chambre sont ouvertes et elle me présente en deux frase aux occupantes. « Voilà c'est là ! » Je pousse la porte. Soupir. Bon allez, il va falloir transformer cette pièce aux murs vides en quelque chose qui ressemblera à un chez moi puisque je vais y passer mon année... Heureusement j'avais prévu le coup... « On a le droit de mettre des punaises dans les murs ? » Elle fronce les sourcils. « Euh le règlement doit être dehors et honnêtement je ne l'ai jamais lu... Je ne sais pas si nous avons le droit mais tout le monde le fait alors ne te prend pas la tête, les pions ne diront rien, sauf si cette année nous en avons un plus chiant que les autres... » Elle pose mon sac sur la chaise du bureau. C'est plus grand que je ne le pensais en fait, enfin... en même temps c'est sensé être prévu pour deux alors là, vu comme ça, oui, c'est plutôt petit... J'essaie de profiter de l'occasion pour faire connaissance. Une nouvelle fois elle me propose son aide alors la voilà bientôt qui met la main à la patte pour mon « emménagement ». J'apprends petit à petit des renseignements sur elle. Un an de plus que moi, ici depuis autant de temps, sa vie, ses amis, ses délires et... Oh mon Dieu, pourquoi elle a l'air si géniale ? Je lui parle de moi, mais peu, mettons ça sur le compte de la timidité... Puis vient le moment ou parmi ses questions se glisse le « Okay... et tu as un petit ami ? » D'ordinaire c'est là le moment où je balance le choc en bloc avec un petit plaisir sadique devant la réaction gênée des gens... Mais là rien. Un simple non comme réponse. Pourquoi je suis incapable de lui dire ? J'y comprends rien... Elle enchaîne sur autre chose après un compliment sur le fait que je ne devrais pas tarder à m'en trouver un...
Les jours et les semaines passent à une vitesse surprenante lorsque l'on est dans un nouveau décor. Je suis attirée par Julie c'est incontestable. Finalement ce n'est pas plus mal qu'elle ne sache pas que je suis lesbienne, elle aurait eu vite fait de comprendre à quel point je la désire... Maintenant le problème à force de jouer les bonnes copines pas du tout intéressée, alors que je ne peux pas m'empêcher d'essayer de la séduire ne serait-ce qu'un peu, c'est d'entendre et de voir à quel point elle se rapproche de plus en plus de ce gars que j'étranglerai si je pouvais tellement il me rend jalouse ! C'est pour ça que alors que nous entrons dans sa chambre après être sorties de cours, et qu'elle est encore en train de me parler de lui, j'ai totalement les nerfs ! Elle ne semble même pas attachée à ce gars en plus, mais c'est maladif, je suis mal à l'aise quand elle en parle... « Je ne sais pas si je tiens vraiment à sortir avec lui en fait... » Je devrais être heureuse qu'elle dise ça, surtout quand elle me regarde avec cet air qui me fait comprendre que ce que je vais lui conseiller a beaucoup d'importance, mais ça m'agace. Ça m'agace parce que de toute façon il va finir par devenir son petit ami et que moi je tiendrai la chandelle ou bien je vais devoir traîner avec d'autres gens ! « Bah pourquoi tu le fais alors c'est stupide ! » Je suis plus énervée que je voudrai le montrer. « C'est juste que... Je ne sais pas trop, est ce que je ne suis pas sensée faire ça ? » Là c'est le comble ! « Non, mais attends, il n'y a personne qui te met un couteau dur la gorge pour sortir avec ! » « Oui mais j'ai l'impression d'avoir une obligation quand même. Et puis je n'ai pas vraiment de raison de refuser... » Parfois elle me fait vraiment peur avec ce genre de remarques... « Tu es amoureuse de lui ? » « Non, non je ne le suis pas... » « Alors c'est déjà une raison suffisante pour refuser ! » « Mais je ne sais pas vraiment ce que c'est d'être amoureuse de quelqu'un... » « C'est avoir l'impression que tu es à ta place quand tu es avec cette personne, c'est voir le temps défiler à une vitesse impressionnante quand tu es avec... C'est... je ne sais pas moi, avoir l'impression qu'il te manque quelque chose quand elle est loin de toi... » Elle éclate de rire, je lui demande pourquoi. « Bah si c'est ça, je suis amoureuse de toi ! » Et la voilà qui rit de nouveau alors que moi j'ai l'impression qu'une flèche m'a traversé la poitrine. « Arrête de rire ! Tu veux des raisons de ne pas sortir avec lui ? C'est un vrai imbécile qui sait à peine compter sur ses doigts, il est mignon et il le sait, justement c'est pour ça qu'il aime se pavaner comme un paon avec sa cour d'admiratrice et que tu vas avoir l'air ridicule si tu commences à faire partie de cette cour ! » Effectivement elle arrête de rire tout de suite, elle prend presque un air triste. « Elodie... Tu ne serais pas jalouse par hasard ? » Oh putain... Non, comment elle... Je ne veux pas qu'elle le sache... « Non, je t'assures ce n'est pas ça ! » « Tu sais si tu as envie de sortir avec lui, je ne le ferai pas je te le promets... » Elle ne parlait pas de la jalousie de lui, que je suis conne ! Je préfère autant qu'elle se soit trompée, mais surtout qu'elle ne continue pas à croire que je veux sortir avec « ça ». « Non, je ne veux pas sortir avec ! » Elle garde le même air et là ça m'énerve. « T'es sure ? » « Mais oui puisque je te le dis ! » « Elodie... tu sais ce n'est pas grave pour moi si tu en as envie... » « Mais arrête je te dis que ce n'est pas ça ! » « C'est qu'il y a bien quelque chose alors... J'ai vraiment l'impression que... » « Il n'y a rien du tout ! Ce mec me débecte ! » « Je pense vraiment que tu es attirée par lui... » C'en est trop ! « Je suis lesbienne ! Lesbienne tu comprends ! Alors quand je dis qu'il me débecte c'est tout ce qu'il y a de plus sincère ! Et je préfèrerai encore me tirer une balle dans le crâne que d'éprouver une quelconque attirance pour un type pareil ! » Je prends ma veste et claque la porte de sa chambre alors que je sens les larmes qui commencent à me monter aux yeux. En quelques pas je suis dans ma chambre à moi, je pousse le bureau derrière la porte pour que personne ne puisse entrer. Forcément y'a jamais de verrou quand on en a besoin ! Je m'effondre sur mon lit et laisse échapper mes larmes. Merde qu'est ce que j'ai fait ! Pourquoi il faut toujours que je m'accroche à des personnes qui ne m'aimeront jamais ! Une hétéro ! Pourquoi je suis encore amoureuse d'une hétéro ! Pourquoi je lui ai avoué que j'étais lesbienne, pourquoi je ne me suis pas tue ? J'aurai du lui dire dès le premier jour, ça m'aurait empêché de faire des conneries ! Je suis stupide, vraiment stupide, pourquoi je fais tout de travers ! Maintenant elle va flipper dès qu'elle va me voir, si elle n'a pas comprit mes sentiments après ça, c'est elle qui est stupide ! J'avais au moins son amitié, j'ai tout foutu en l'air ! Ah et je déteste chialer ! Il faut que je m'arrête. Je remballe mes larmes comme je le peux. J'avais peur qu'elle me suive dans le couloir et qu'elle vienne me voir, mais l'absence de coups sur la porte me rassure comme en même temps il me brise le cœur...
Je n'avais pas idée à quel point c'est dur d'éviter une personne... Je fais tout pour la voir le moins possible, ne serait-ce que de vue. J'ai trop peur de ce qu'elle pourrait me dire. Je crois pourtant qu'elle n'en a parlé à personne, de mon coming-out. Elle aurait pu le faire de toute manière, à part elle, et je n'aurai jamais du, je ne le cache à personne. Si elle l'avait fait je pense que j'en aurait eu des échos... Je l'évite mais je ne peux m'empêcher de l'observer de loin quand même. Elle ne traîne plus avec ce gars dont j'étais jalouse, elle ne devait pas y tenir tant que ça au final... Lorsqu'elle est dans la même pièce que moi j'en sors, ou passe par une autre sortie que celle qu'elle prend. Parfois je fais de grand détour dans l'établissement juste pour ne pas la croiser. J'en deviens tellement pathétique... La sonnerie retentit et je me dépêche de ranger mes affaires dans mon sac, pour ne pas la voir en remontant aux dortoirs, elle reste d'ordinaire dans la cours quelques minutes mais on ne sait jamais... Je l'évite mais je pense à elle sans cesse... Qu'elle sorte de ma tête ! Je monte l'escalier, suis le couloir, tourne à droite. Mon Dieu c'est elle ! Les yeux plantés sur moi, comme si elle m'attendait. Je n'ai pas vraiment le choix, soit je reviens en arrière, soit je passe devant elle en l'ignorant. Un peu de courage, deuxième option ! Je feins la parfaite ignorance et la dépasse. C'est alors qu'elle agrippe mon bras, me forçant à me stopper dans mon élan. « Attends Elodie ! » Je ne me retourne pas mais elle ne lâche pas mon bras pour autant. « Tu fais tout pour éviter de me parler... Ecoute au moins ce que j'ai à dire s'il te plaît... » Je ne réponds rien, j'ai le cœur qui bat à cent à l'heure, je veux faire ma fière, lui dire que c'est hors de question. Mais elle a ce pouvoir sur moi et je suis incapable de lui mentir, j'ai trop envie d'écouter ce qu'elle va me dire, même si je sais que ça va me faire mal... Une fille passe dans le couloir. Nous nous taisons tandis qu'après nous avoir jeté un regard bizarre elle rejoint sa chambre. « Viens ! » Sans comprendre ce qu'il se passe, Julie, sans me lâcher, me tire jusqu'à ma chambre dont elle appuie sur la poignée et me pousse à l'intérieur. Elle entre à son tour et referme la porte. « Tu veux t'assoire ? » J'essaie que mon visage ne trahisse aucune émotion. « Je suis dans ma chambre Julie. C'est moi qui suis sensée proposer qu'on s'y assoit ou non... » Je ne lui propose pas pour autant. Elle se rapproche de moi et le fait qu'elle soit aussi proche me perturbe à un point qu'elle n'imagine certainement pas. « Pourquoi tu refuses de me voir ? » Je ne réponds pas. « Bien tant pis, ne dis rien, c'est moi qui parlerai. Tu sais... » Elle soupire. « Tu sais il y a des façons stupides de se faire remarquer, de faire comprendre aux gens qu'on tient vraiment à eux... Et parfois pour ça, on fait totalement le contraire de ce qu'on veut vraiment. D'une façon maladroite on fait du mal aux gens qu'on aime parce que c'est trop dur de leur dire qu'on les aime. Et comme la haine et l'amour sont très proches, alors on se contente de la haine, on les blesse, alors que c'est juste une façon de ne pas être indifférent. Ce n'est pas la bonne façon de s'y prendre évidemment, il suffirait d'être honnête et de dire qu'on les aime. Mais en faisant ça, c'est prendre le risque de se blesser soi. On est un peu égoïste en fait, on se protège tous... » Je me demande pourquoi elle me raconte tout ça, mais j'écoute, patiemment. « C'est ce que j'ai voulut faire avec toi, en me servant de lui. J'ai voulu te rendre jalouse mais je l'ai fait inconsciemment, sans m'en rendre compte... et pour ne pas m'avouer que je pouvais réellement tenir à quelqu'un... » Je déglutie. J'ai forcément mal comprit... « Je ne suis pas sure de te suivre... » Elle ouvre la bouche pour dire quelque chose puis se ravise. C'est alors que je sens soudain une paire de lèvre sur les miennes. Elle s'est avancée, elle est en train de me donner un baiser ! J'ai le cœur qui explose avec la pression qui se relâche. Après un temps d'arrêt parce que j'avais du mal à me rendre compte que le rêve peut devenir réalité, je réponds à son doux baiser. Naturellement mes mains se placent autour d'elle, mes bras se font une prison de chaire afin qu'elle se s'échappe plus jamais. Je ne comprends toujours rien à ce qui a bien put se passer, mais quelle importance puisqu'elle est enfin à moi ! Nos lèvres se lâchent enfin. Elle plonge ses yeux dans les miens, un immense sourire accroché aux lèvres. J'ai le même. Elle fait alors le tour de la pièce avec le regard. Je sais ce qu'elle pense. La chambre numéro seize ne sera plus une chambre individuelle pour encore très longtemps...
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mercredi, 13 avril 2005
Ordi-romance
A chaque fois que quelqu'un se connecte et que le petit panneau se lève pour dire que c'est le cas j'ai le cœur qui s'arrête. Mais à chaque fois ce n'est pas elle... Qu'est ce qu'elle fait ? Elle est en retard ! Ah enfin ! Le pseudo que je voulais voir apparaître ! Cette fois les battements de mon cœur s'emballent sans que je ne parvienne à les calmer... et puis après tout je ne suis pas sure de vouloir qu'il le fasse... Hop ! Double clique de la souris, je n'ai jamais utilisé autant la rapidité de mon pc que depuis que je parle avec elle ! Evidemment le pc choisit de laguer... Allez vite, pourquoi la barre des taches reste bloquée ! Ah, voilà ! Du coup elle en a profité pour engager la conversation la première. Je m'installe confortablement dans mon siège, je compte rester devant le pc jusqu'à ce que l'une de nous deux soit obligée de quitter son écran... Nous avons nos habitudes, quelques mots échangés pour dire que oui salut, oui je suis trop contente de te voir enfin et que justement en parlant de voir, mise en marche des web cam. Et voilà dès son apparition dans la petite fenêtre un grand sourire inonde mon visage. La discussion suit toujours le même trajet, nous racontons notre journée, nous rions, voilà les délires qui arrivent pendant que le temps file à une vitesse vertigineuse... Avec elle je me sens si bien. Nos discussions sont les bonheurs de mes journées, parfois même, ne pouvant attendre, je lui envoie des sms toute la journée... Mais voilà déjà que ma mère réclame le pc. J'ai un quart d'heure pour partir, ce ne sera pas de minutes de trop. Voilà les adieux qui commencent, douloureux, difficiles. Toutes ces paroles, ces « Pourquoi tu n'es pas près de moi ? », ces « Je voudrais tant te voir ! », ces « Je t'aime » qui luttent contre la distance... Jusqu'au dernier instant, le quatrième appel de ma mère pour lui céder la place, nos échangeons les mots. C'est en voyant ma génitrice se planter derrière le pc alors que je fais tout pour lui cacher ma conversation que je luis dis une dernière fois adieu. Je ferme ma session.
Et voilà en quoi se résume ma vie le reste du temps quand je ne peux parler avec elle... Rien. Pas de zombie jusqu'à ma chambre... Je ferme ma porte pour être tranquille, comme à chaque fois après l'avoir « quittée » je suis remplie d'une triste nostalgie. Je n'y crois toujours pas d'une certaine façon... comment cela pourrait être naturel d'aimer quelqu'un à travers un écran en plastique ? Comment éprouver de cette façon un sentiment si magnifique ? Et pourtant... Pourtant c'est une évidence que je ne peux nier ! Elle a remplit mon cœur en quelques discussions et je ne peux plus me passer d'elle. C'est fou car après tout, ce que je connais d'elle physiquement se résume à quelques pixels... Je n'ai pas l'impression d'aimer des pixels... Elle ne devient un être de chaire que dans mes rêves mais même dans le monde onirique il est rare que nous soyons réunies... Je souhaite tant pouvoir enfin passer de la deuxième dimension à la troisième, la voir en volume devant moi. Oui, comme j'aimerai pouvoir enfin la rencontrer, expérimenter cette seconde rencontre, connaître avec elle ces quelques minutes où on n'ose pas s'embrasser, ces quelques secondes d'hésitations juste avant un baiser... Ah ! Il faut que j'arrête ces pensées ! Pourquoi cet amour à l'espoir si limité ? Pourquoi ces sentiments alors que je sais très bien que je ne la verrai certainement jamais ? Que je n'arriverai jamais à convaincre mes parents de partir à l'autre bout du pays pour rencontrer la personne que j'aime, une fille qui plus est ! Mais je ne peux m'en empêcher, sans la voir je n'ai jamais rien connu de si fort, sans la voir je tiens plus à elle que je n'ai jamais tenu à personne, sans la voir je l'aime d'un amour involontaire qui efface toute raison...
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dimanche, 03 avril 2005
Lettre
Papa, Maman,
J'ai trop d'amour pour les mots pour venir faire la bêtise de vous parler. Ce n'est pas de la lâcheté, juste que je sais mieux manier les mots à l'écrit, dès qu'ils commencent à résonner dans ma bouche ils perdent tout leur sens, ils deviennent insipides et maladroits... C'est donc l'écrit que je choisis par évidence, et je ne vais pas m'amuser à tourner autour du pot, après tout justement la lettre a aussi cet avantage que, que je dise les choses plus tard ou maintenant, j'aurai votre réaction au même moment ! Eh bien donc voilà : je suis lesbienne ! (Vous pouvez faire une pause dans la lecture là si vous voulez, je comprends que ça puisse faire un choc... Je ne vous en voudrai pas de ne pas vouloir tout vous prendre dans la figure en une fois... Evitez de faire une crise cardiaque par contre car je vais avoir du mal à m'assumer financièrement toute seule...) Bon ça y est ? Le premier choc est passé ? Je doute que ce soit vraiment le cas mais un peu de courage, il faut aller de l'avant ! Alors là je suis supposée prévoir toutes vos réactions et vos questions et essayer d'y répondre dans cette lettre pour ne pas avoir à le faire plus tard... Je vais essayer mais je suis juste lesbienne, pas Einstein, ne m'en voulez pas si j'oublie certaines choses ! (Au fait bien sur ma précédente remarque ne veut pas dire que les lesbiennes sont toutes bêtes comme leurs pieds... Enfin il y en a des comme ça aussi... mais après tout il y a des cons partout pourquoi nous ferions exception ?!?)
Bref, si vous le prenez très bien dans le genre « Va-y ma fille, vis ta vie comme tu l'entends », bah... Ouais c'est cool, en fait vous pouvez arrêter de lire là je crois... Je suis juste désolée d'avoir pu croire que vous alliez être plus chiants que ça... Je vous aime mes parents adorés !
Par contre dans le cas où vous le prenez plus mal... En fait je ne voulais pas vraiment dire « chiants », ce mot venait juste là, non pas dans son sens premier, mais plutôt comme un synonyme de « conservateur »... Après tout c'est vrai, il faut vivre avec son temps ! Nous sommes quand même plus évolués qu'en Egypte, vous n'allez pas crier à la populace d'emmener votre fille sur le bûcher parce que c'est une homo ! (Au cas où, la loi est de mon côté donc je ne vous le conseille pas...) Allez ! Un petit sourire ! Ce n'est pas si catastrophique que vous le pensez ! Il ne faut pas voir que le mauvais côté des choses, évidemment ça va jaser dans votre dos mais vous croyez vraiment que j'ai attendu de vous le dire pour assumer ? En fait ça jase déjà dans votre dos depuis un certain temps certainement alors ce n'est pas vraiment pas si terrible puisque vous ne vous êtes rendus compte de rien ! Comme je le disais regardez les aspects positifs de la chose : au moins je ne vous ramènerai pas un de ces mâles primitifs pour genre ! Non, le fait que je suis lesbienne ne fait pas de moi une féministe, mais il faut être réaliste à l'époque où le travail nécessite plus le cerveau que les muscles, la seule occupation qu'il reste à certain c'est de s'affaler devant la télé pour regarder un match de foot, une bière à la main... A ce niveau là donc vous n'avez rien à craindre, je ne finirai pas ma vie dans la place à côté du canapé...
Si vous ne vous inquiétez pas pour votre réputation et pour la compagnie que je vous imposerai à table pendant les repas de famille, je suppose que c'est pour moi que vous vous inquiétez... Suis-je heureuse ? Bien en fait je n'ai jamais comprit pourquoi le bonheur avait un quelconque rapport avec la sexualité. Ne me dites pas « Si c'est comme ça que tu es heureuse... » parce que... ça sous entend qu'on est plus heureux quand on s'assume bien ? Plein de gens assume parfaitement le fait d'être hétéro, ça ne les rend pas heureux pour autant... Le fait d'être lesbienne ne me rendra pas plus ou moins heureuse non plus ! (Mais juste pour préciser, oui, je suis heureuse !)
Vous voulez peut-être savoir si je suis avec quelqu'un ? Bah pour vous faciliter la tache je me suis mise avec quelqu'un qui représentera très bien le mouvement homosexuel à vos yeux et vous habituera à mon « monde ». Elle s'appelle Raymonde, elle est camionneuse et s'habille comme un mec des années 80... Non, j'arrête de vous torturer, c'était juste au cas où vous vous imaginiez les gros clichés lorsque vous avez lu que j'étais lesbienne, désolée de casser le mythe, elle s'appelle Lucie, elle est tout ce qu'il y a de plus féminine et j'espère qu'elle vous plaira...
Voilà, je crois que j'ai fait le tour du sujet... Mon humour n'est pas ce qu'il y a de plus fin, je le conçois, mais il fallait bien choisir une façon de faire passer les choses... Ce n'est peut être pas la meilleure, mais au moins elle m'a permise d'annoncer les choses avec plus de facilité... J'admets que ce n'est pas facile de se dire que son enfant a choisit (bien que ce ne soit pas réellement un choix, on ne choisit pas son orientation sexuelle, on peut juste choisir de l'assumer ou non...) de vivre d'une façon différente que celle que l'on prévoyait pour lui. J'admets que je vous en demande beaucoup, bien que ce que j'espère est assez simple à résumer en une phrase : que vous soyez derrière moi et que vous me souteniez toujours comme étant votre fille dans toutes les épreuves que je vais affronter dans ma vie. Pourtant, dès lors que l'on passe cette phrase en pratique ce n'est déjà plus si évidant, j'espère que votre choix à vous sera d'accepter le mien...
Je reste moi sous toutes mes coutures, seule la vision que vous avez de moi a changé...
Je suis là pour répondre a toute vos questions.
Je vous embrasse.
Votre fille.
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Merci à l'auteur pour le dessin !

19:40 Publié dans 6. les nouvelles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
samedi, 02 avril 2005
Poèmes
poèmes
Alors ça ce sont des VIEUX trucs...
Alors niveau poème pas génial quoi mais bon pourquoi ne pas les mettre quand même ?
Quoi vous vouliez qu'on reste cachées ?
Ce n'est pas qu'on voulait vous déranger,
Mais cette option n'est pas prévue :
On ne compte pas vraiment vivre comme des anges déchus !
Faites rentrer vos mères et vos filles,
Montrez votre tête la moins gentille
Fermez vos portes à double tour,
Et ne dites plus jamais bonjour !
Mon dieu, la décadence personnifiée
Ose dans vos rues se balader !
Les lesbiennes sont de sortie
Et elles s'en vantent pardi !
Ce n'est pas que nous sommes fières de notre sexualité
Juste qu'on assume ce qu'on est !
Allez y balancez vos petites vannes,
Vos « qui fait l'homme, qui fait la femme ? »
C'est sur que deux mains jointes ça devient laid
Lorsqu'elles appartiennent à deux filles enlacées !
Non mais je vous assure faites vous plaisir
Passez si vous le voulez votre temps à nous médire,
De toute façon le temps que vous restez enfermés
C'est dans vos rues que nous on va s'éclater !
« MA FILLE EST DIFFERENTE »
Qu'est ce que tu éprouve quand tu penses a ça ?
De la honte ? Du dégoût de savoir que ça t'arrive a toi ?
Oui, ce n'est pas à tout le monde que ça arrive
D'avoir une fille sur « l'autre rive »...
Et encore tu crois que je suis bisexuelle
Ce serait pire si tu connaissais la situation réelle.
Je sais que ça te fais souffrir
Mais ne crois pas que c'est ce que je désire !
Tu pense qu'être lesbienne c'est ce que je veux ?
Tu penses vraiment que ça m'aide a me sentir mieux ?!?
Mes amis je sais qu'ils me soutiennent
Mais la famille j'ai peur de lui faire de la peine.
J'ai tellement l'impression de te décevoir
Que je ne réponds pas a tous tes espoirs
Que je ne serais jamais
Totalement comme tu le voudrais.
Mais je n'ai pas choisis d'être marginale
Sinon j'aurai arrêté en voyant que ça peut faire si mal.
Je voudrais que tout redevienne comme avant
Quand j'avais un doute sur ce que j'étais vraiment
Quand je n'arrivais pas à m'avouer cette attirance
Mais qu'au moins entre toi et moi il y avait plus de confiance.
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17:25 Publié dans 6. les nouvelles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Ecoute
Laisse moi parler, ne dis rien. Ce que je veux dire n'est déjà pas facile, un seul mot de toi pourrait me faire perdre tout le courage que j'ai réussit à rassembler. Si tu pouvais savoir comme je suis nerveuse déjà là, j'ai les mains qui tremblent, et les larmes qui me viennent aux yeux sans raison. Quel état stupide juste pour dire trois mots... Je me sens totalement ridicule de me mettre dans un état pareil, mais voilà, je vais faire quelque chose de cinglé, d'insensé quand on y réfléchit... Me livrer, oui, juste ça, te faire partager ce que j'ai toujours refusé de te montrer, cette partie de moi qui se croit invisible mais qui fait trop sentir sa présence en fait pour l'être réellement... Quels mots je pourrai oser poser sur ça ? Cette « chose » qui me retourne de l'intérieur, qui tous les jours fait peser son poids sur moi et transforme ma personne en une réelle contradiction vivante ? Elle me donne la force de me lever tous les matins, ce bond que je fais en sortant de mon lit, immédiatement après avoir entendu le réveil, c'est parce que je pense à cette chose, et le sourire que j'affiche si souvent, pour elle aussi et pourtant en même temps elle est responsable de mes soirées passées sur mon lit à regarder mon plafond, à me retourner la tête à réfléchir des heures durant pour trouver une « solution », pour trouver comment changer les choses car c'est toujours « trop peu » ou juste « trop » tout simplement trop... Oui je sais on commence à ne plus rien comprendre à ce que je dis... Mais ne m'interrompt pas même si je m'embrouille dans mes phrases... Je te l'ai dis, ce n'est pas facile... Certains peuvent se lancer juste « comme ça » et tout déballer en quelques mots, moi j'ai un peu plus de mal, oui, beaucoup plus de mal même, c'est vrai. Mais se confier c'est prendre le risque d'être trahie, d'être déçue et j'en passe alors oui, j'ai peur, j'avoue, je tremble de peur ! Après t'avoir avoué cette chose qui me ronge, je ne t'en voudrai même pas si tu m'abandonnes, je le comprendrai et je m'attends presque à ce que tu le fasses, seulement je dois le dire quand même parce que c'est un secret qui grandit en moi et plus il le fait plus je suis étouffée dans ma propre chaire... Tu dois te demander pourquoi ça tombe sur toi, pourquoi c'est à toi que je dois avouer ça bien sur, si seulement je savais la réponse ! Et si seulement je savais aussi pourquoi ça tombe sur moi ! J'ai essayé de me convaincre que ça n'était jamais arrivé, que j'étais trop ignorante du monde pour pouvoir être sure que c'était arrivé. Mais finalement c'est impossible ! C'est une évidence, même si je n'arrive pas toujours à l'accepter ! Oui, cet évènement me perturbe... Je tourne autour du pot... Pourquoi est ce que je n'arrive pas à en parler tout simplement ? Ça serait tellement simple si je pouvais le dire juste comme ça, si je n'avais pas besoin de réfléchir à cent à l'heure... Si je pouvais te dire que... que je suis amoureuse de toi... Oh je l'ai dit, j'ai réussit. Non, s'il te plaît, ne dis rien. Que tu le prennes bien, mal ou que tu t'en moque, ne dis rien, je suis partie dans ma lancée autant en profiter ! Je te supplie juste d'écouter la suite et de ne pas m'en vouloir du fait que je n'ose absolument plus te regarder là... Cette chose, cet amour, je ne comprends pas pourquoi... Je sais que ce n'est pas normal d'avoir ce genre de sentiments, je ne le sais que trop, si tu savais comme j'y réfléchis sans cesse... Comment ton statut d'amie a-t-il pu évoluer de cette façon ? Je ne sais pas ce qu'il a pu se passer mais quand je m'en suis rendue compte il était trop tard... Cette chose s'est imprégnée en moi et j'ai eu beau essayer de la déloger, ça s'est révélé impossible... Oh pourquoi je parle si vite ! Je ne suis pas sure d'avoir dit tout ce que je voulais dire, mais je me sens trop ridicule et trop nerveuse pour continuer... Maintenant je suis prête à t'écouter... »
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vendredi, 01 avril 2005
Rencontre
J'attends sur le pas de la porte. Je me prépare à affronter l'averse parce que d'une façon qui, j'avoue, est ridicule, je préfère encore être trempée que de me trimbaler un parapluie sur tout le chemin. Je prends une grande inspiration et me lance. Je baisse le visage vers mes chaussures pour éviter que le vent ne m'envoie toute l'eau qui tombe du ciel en plein dans les yeux. Heureusement je connais le chemin par cœur pour y aller. Je marche sur une centaine de mètres, tourne dans une autre rue, j'aurais du prendre le parapluie, mon pantalon glacé me colle aux jambes déjà. Ça m'apprendra à vouloir jouer les rebelles ! Me voilà enfin devant la porte de l'immeuble. Je sonne par automatisme. L'interphone ne demande même pas qui c'est, l'ouverture de la porte est enclenchée. J'entre dans le hall avec soulagement, inondant la moquette rouge des marches jusqu'au deuxième étage. Cette fois, pas la peine de sonner, j'ouvre la porte à la volée et je suis accueillie par des cris de bienvenue. Là je sais que je vais passer une bonne soirée. C'est à ces moments là qu'on l'on prend conscience que les adultes ont raison quand ils disent que nous passons les meilleures années de notre vie ! Nous sommes jeunes et nous en profitons, c'est une certitude. J'affiche un grand sourire, me débarrasse de mon manteau et pars faire la tournée des bisous pour dire bonjour à tout le monde. Il y a une ou deux têtes que je ne connais pas encore, mes amies auraient-elles un nouveau Jules ? Je verrai ça plus tard, en attendant je me dirige vers la cuisine à la recherche du maître de maison. Je saute immédiatement dans les bras d'Eric en le voyant. Mon meilleur ami m'apprend qu'il y aura pas mal de monde ce soir, mais je le connais, ici les soirées sont toujours calmes. Quelques bouteilles de vin mais juste assez pour égayer les esprits et des discussions toute la nuit durant, sur tous les sujets qui pourront y passer ! Exactement ce que j'aime. Sur mes jambes, la toile de mon pantalon me glace la peau, je l'informe, plus que je ne lui demande, que je vais lui emprunter un de ses jeans. Il sera trop grand mais tant pis... Je file me changer gardant juste mon t-shirt sec, puisque étant resté sous mon manteau, et attrape dans son armoire un vêtement que je sais, par habitude de ce genre de situation, être assez étroit pour ne pas tomber au bas de mes pieds dès que je ferai un pas. Je le soupçonne d'ailleurs d'être trop petit pour Eric et qu'il ne le garde que pour moi... Voila, c'est partit ! Je rejoins tout le monde dans le salon, puisque toutes les chaises et les canapés sont déjà occupés je me résigne à m'assoire sur un coussin à côté d'un ami. Je tend l'oreille et prend la discussion en court de route. De la politique. J'expose mes idées quand j'en ai l'occasion, on calme un des Jules qui commençait à élever la voix : ce n'est pas l'endroit, il faut qu'il comprenne ça... Voilà je commence à me détendre, j'étends mes jambes, je respire, j'écoute... Pour la énième fois de la soirée la porte s'ouvre. Quelqu'un dans le couloir crie « Salut tout le monde ! » et voilà que la tête de Leena apparaît à la porte du salon. « J'ai ramené quelqu'un ! » Ce n'est pas que ça ne me plaît pas, mais les amis de Leena sont parfois étranges... Enfin, je dis ça et je fais partie de ses amies alors... La voilà qui tire bientôt quelqu'un par le bras, c'est la première chose que l'on voit de cette personne. Et puis soudain c'est comme si mon cœur s'amusait à faire des montagnes russes dans ma poitrine. J'ai comme « un arrêt » une espèce de blocage dans ses battements qui ne dure à peine que quelques centièmes de seconde mais qui me fait un effet incroyable dès que je la vois entrer. Il y a des gens parfois qui attirent irrémédiablement votre regard, cette fille qui se tient à côté de Leena, elle m'hypnotise sans que je ne comprenne pourquoi. Je la suis des yeux lorsqu'elle commence à faire la bise à mes amis un par un. Je la détaille. Elle n'est pas très grande, mais certainement déjà un peu plus que moi, les cheveux bruns, courts et coiffés en bataille, elle a la peau mate... non, en fait à peine mate mais assez bronzée... Son visage est magnifique et même si je ne peux encore voir la couleur de ses yeux, ils s'emparent de toute la vision que je dispose et c'est un maquillage très léger qui les met en valeur. Elle porte un pantalon noir et un débardeur style vintage sous une veste cintrée qui reste ouverte. Elle a un petit côté artiste et un sourire magnifique. Malgré la longueur de ces cheveux elle déborde de féminité. Elle se déplace à présent vers moi avec souplesse entre toutes les paires de jambes qui entourent la table. Je me lève un peu pour lui faciliter les choses. Tout en me disant bonjour elle se présente. « Léa... » Juste son prénom. « Manon... » Elle me répond par un sourire puis va continue le tour de la table. On pourrait croire qu'un fil invisible partant de mes yeux s'est accroché sur elle, m'obligeant à la suivre et à l'observer s'assoire en face de moi, à l'autre bout de la table basse. Je me sens soudain ridicule dans mon pantalon trop grand, mes cheveux plaqués sur la tête par l'eau qui est tombée dessus, je dois avoir l'air d'une parfaite imbécile... Cela me fait perdre mon attention sur elle en partie et je tente de me remettre dans la conversation. Etrangement je participe encore plus qu'avant, je remarque que j'essaie de « briller », de briller pour qu'elle me remarque. Elle a un je ne sais quoi qui me donne une envie folle de devenir amie avec elle et pour qu'elle aussi ait cette envie par rapport à moi, je n'ai d'autres choix que de me faire remarquer dans la conversation. Elle écoute patiemment à son arrivée. Pendant une demie heure elle ne fait que cela, il n'y a que sa tête, qui parfois semble hocher dans un mouvement infime, pour trahir son accord avec la personne en train de discourir. Lorsque finalement elle ose donner son avis, je m'empresse de lui donner ma réponse. Jamais elle ne parle sans que je n'ai quelque chose à rajouter par la suite. Je sens enfin qu'elle a de l'intérêt pour moi, ça me plaît. Plus le vin des bouteilles descend, plus elle s'adresse à moi directement quand elle pose une question, plus elle semble attendre mon opinion après avoir donné la sienne. Nous ne sommes pas toujours d'accord, mais il n'y a jamais d'animosité dans nos débats, même si son point de vue diffère du mien, il est toujours intéressant. Les personnes n'ayant pas toujours envie de parler des mêmes sujets, des groupes commencent enfin à se former, discutant sur des sujets variés. Elle se rapproche pour mieux discuter avec moi. Je reste pendue à ses lèvres. Au fur et à mesure que le temps passe, le groupe s'amenuise pour ne plus discuter finalement que toutes les deux. La conversation devient plus personnelle, nous intercalons des morceaux de nos vies dans nos débats. Je la dévore des yeux, sans comprendre ce qu'il se passe, j'ai envie... de la toucher. Juste de l'avoir au contact de mes doigts, alors parfois je pose ma main sur son épaule pour mettre plus de persuasion dans mes arguments, j'aime ça. J'aime aussi cette impression que toute son attention est portée sur moi. Parce que je la vois bailler de fatigue depuis quelques minutes, je regarde ma montre. S'en que je ne m'en sois rendue compte il est déjà cinq heures du matin, la plus part de mes amis et des personnes qu'ils ont amenées sont partis. Il reste juste quelques courageux, toujours en train de parler mais de sujet beaucoup plus calme, musique, littérature, au revoir débats sinueux... « Je n'ai pas envie de partir, mais je tombe de fatigue, il faut que j'y aille... » Je regarde Léa. « Oui, je vais rentrer moi aussi... Je te raccompagne ? » Je n'ai pas envie de la quitter maintenant, ni plus tard d'ailleurs... Nous disons au revoir aux derniers présents puis, après avoir remit nos manteaux et pour moi avoir enfilé à nouveau un pantalon trempé, nous claquons la porte d'entrée, mettant fin officiellement à la soirée. Je l'observe encore à la dérobée, avec son air fatiguée elle semble si tendre et fragile, j'ai envie de la prendre dans mes bras. Je n'arrive pas à comprendre ce qui me fascine autant chez elle, c'est réellement de l'hypnotisme qu'elle m'impose. Il pleut encore dehors, mais contrairement à moi elle a prit un parapluie, nous nous serrons toutes les deux en riant pour que la toile de plastique nous couvre. Là, près d'elle, j'ai son parfum qui vient visiter mes narines. Mes lèvres esquissent un sourire, un de mes ex avait le même, c'est un parfum d'homme. Je me sens perturbée sans savoir exactement pourquoi, je sais seulement que ça a un rapport avec elle. Je ne sais pas combien de temps dure le trajet et n'ayant pas fait attention au chemin que nous avons prit je risque de me perdre en rentrant chez moi, mais je suis déçue d'être aussi vite devant chez elle. Nous entrons sous le porche pour nous mettre à labri. Elle dit simplement « Voilà. » d'une voix triste, ses yeux plantés dans les miens. Je suis incapable de bouger le moindre muscle, de m'en aller. Sans raison apparente j'ai le coeur qui s'accélère. Je déglutie. Je la regarde dans les yeux, elle fait de même avec les miens. Il ne se passe rien, il n'y a pas un mot échangé. J'ai comme un nœud dans le ventre, je suis aussi stressée que lorsque je passe un exam. Puis j'observe ses yeux se déplacer, à peine, je les suis et devine son regard posé sur mes lèvres. Nouveau sprint de mon coeur. Elle me regarde à nouveau dans les yeux puis les ferme doucement pour les rouvrir après une seconde. Je suis sensée être hétéro... J'ai beau me dire cette phrase, je ne contrôle plus rien. Je fais un pas en avant, m'arrêtant juste devant elle. Je ne me retiens plus, avec précipitation j'avance encore pour l'embrasser. Elle répond immédiatement à mon baiser, il est fougueux, passionné. Je porte mes mains à son visage, mes lèvres s'agrippent aux siennes, je la mords doucement. Ses mains entourent ma taille sous mon manteau que j'ai laissé ouvert, me caressent le dos et ose enfin descendent sur mes fesses. Je profite de ne pas être la seule à avoir laissé son manteau ouvert, une de mes mains se libère pour se poser sur sa taille et, caressant le tissu de son débardeur, glisse doucement vers son sein que j'emprisonne sous ma paume. La fatigue ressentie il y a quelques minutes a totalement disparue. « Monte avec moi... » Ma raison me crie de ne pas le faire, que cette situation n'a rien de normal, mais même si elle crie, je ne l'écoute en rien. En même temps que je dépose mes lèvres sur son cou, je viens lui glisser à l'oreille « Oui... »
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Merci à l'auteur du dessin.

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